Dans la « Diagonale du vide » ;

L’évolution de la population du Barséquanais depuis 1832.

Jacky Provence

 

Différentes sources et en particulier les Almanachs de l’Arrondissement de Bar-Sur-Seine, publiés à partir de 1848, nous permettent de dresser sommairement dans l’état actuel de nos recherches, une évolution générale de la population du Barséquanais depuis 1832. Cette évolution c’est engagée dans un processus de déclin démographique dès le milieu du XIXe siècle tandis que la population française ne cesse de s’accroître, paradoxe de la « Diagonale du vide » 

 

     1. Une évolution générale à la baisse.  

 

La population du Barséquanais avait augmenté entre 1832 et 1852 de 2 565. Mais depuis les années 1850, tandis que la population française ne cesse de s'accroître, celle des quatre cantons du Barséquanais chute, passant de 41 184 habitants en 1852 à 20 723 en 1990, soit une baisse de 50 %. Cette évolution contradictoire n'est pas particulière au Barséquanais. Elle est typique de l’évolution de la population rurale en France depuis les années 1850. Elle se poursuit au XXe siècle, mais frappe surtout une partie de la France, la prenant en écharpe depuis les Ardennes au nord jusqu’aux Pyrénées au sud, en passant par la Champagne. Cette grande zone est appelée par les géographes la “Diagonale du Vide”. Les origines sont  multiples. Le Barséquanais en est une illustration.

Les quatre cantons n'ont pas la même évolution, comme le montre le tableau suivant :    

 

 

1832

 1852

1910

1990  

Bar-Sur-Seine

10 719

12 371

 9 639

9 916

Essoyes

13 096

13 866

8 691

4 259  

Mussy-Sur-Seine 

7 191

7 587

5 459

4 037  

Les Riceys

7 613

7 360

4 650

2 511  

Les quatre cantons

38 614 

41 184

28 439

20 723

        

   Bar-Sur-Seine est le canton qui a le plus progressé entre les deux premières dates.  Mais il est ensuite touché par le phénomène de dépopulation jusque dans les années 1960, à partir desquelles la population se redresse.

Le canton d'Essoyes a aussi progressé entre 1832 et 1852. Il est ensuite le plus marqué par cette dépopulation, perdant presque 70 % de ses habitants entre 1852 et 1990.  Cependant un travail sur un canton pris globalement peut cacher des réalités bien différentes.  Certaines communes voient leur déclin commencer dès 1832.  C'est le cas de petites communes telles que Noë-Les-Mallets, Arrelles, Beurey, Poligny ou Marolles-Les-Baillys.  D'autres, plus rares, comme Bar-Sur-Seine ou Saint-Parres-Les-Vaudes, n'ont pratiquement pas cessé de progresser.  Chaque vallée sinon chaque village a une évolution propre.  Les communes situées sur la vallée de la Seine sont beaucoup moins affectées par ce déclin que les autres. Par contre, ce déclin se fait le plus ressentir dans les communes de la vallée de l'Ource.  

 

       2. Un exode rural en plusieurs étapes.

 

 

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, le Barséquanais connaît sans aucun doute un exode rural massif qui se poursuit au XXe. Il suit un schéma classique. D’abord ce sont les petites communes qui voient leur population baisser au profit de bourgs et petites villes proches. Le déclin démographique de ces petites communes se prolonge jusqu’à nos jours. Il est accompagné, dans une seconde phase et ce dès 1850, par celui de ces bourgs ou petites villes au profit de grandes villes à rayonnement régional. En fait, l’exode rural ne se fait pas directement des petites communes vers les grandes villes, mais marque une étape dans des bourgs et villes intermédiaires. Pour expliquer cet exode rural plusieurs faits interviennent et se conjuguent.  

 

       3. De nombreux facteurs d'explication au dépeuplement.

 

Une  épidémie de choléra touche le Barséquanais dans les années 1855-57. Les effets n’ont pas pu être actuellement mesurés.  Phénomène plus important, l'industrialisation attire la population vers la ville. L’activité textile connaît alors un essor important, après des débuts effectués à Troyes dans les années 1760.

  D'autre part le monde viticole entre dans une phase de crise. A partir de 1858, avec Perpignan, toutes les grandes villes viticoles du midi méditerranéen sont reliées par le chemin de fer à Paris. Les vins du sud concurrencent les vins sur l’important marché parisien. Leurs prix ont baissé de quatre cinquièmes tandis qchampenois ue la teneur en alcool est plus importante. De plus, à cette date les vignerons commencent à se décourager par un certain nombre de maladies cryptogamiques (l’oïdium, le mildiou…). En 1885 le phylloxera touche le Barséquanais. Cependant ces crises n'expliquent pas tout.  Les baisses les plus importantes ne correspondent pas forcément aux crises viticoles. Ces dernières ne sont que des phénomènes aggravants mais non déclenchants.  De plus les communes du Barséquanais n'ont pas toutes des vignes. 

Entre 1852 et 1878, la quasi-totalité des communes perd des habitants, hormis Bar-Sur-Seine et Saint-Parres-Les-Vaudes. Et la crise liée au phylloxéra n’était pas encore intervenue.

En fait le monde rural est touché par les progrès et la modernisation de l’agriculture. Les premières machines font leur apparition au cours du Second Empire. Mais cette modernisation reste timide. Le monde rural est plus touché, à partir de 1862 par une baisse des prix provoquée par une concurrence internationale accrue tandis que les ouvriers agricoles réclament des salaires toujours plus élevés. La fuite vers les villes s’accélère d’autant plus qu’en 1862  Bar-Sur-Seine est reliée à Troyes par le chemin de fer. De 1851 à 1914, la population troyenne passe de 35 000 à 55 000 habitants. Ainsi le chef-lieu du département avec le développement de ses activités diverses, et en particulier l'industrie textile, attire de nombreux habitants de la région.

  Cet exode rural se poursuit au cours du XXe siècle. Il est sans doute amplifié par les surmortalités dues aux deux guerres mondiales. De nombreux hommes morts au combat ne sont pas remplacés dans de nombreux villages d’autant qu’ils apparaissent de moins en moins attractifs ; les villes leurs sont préférées tandis que la modernisation de l’agriculture  rend la main d’œuvre agricole de moins en moins nécessaire à partir des années 1950.  

 

       4. L'exception des communes de la vallée de la Seine.

 

 

Cet exode rural touche beaucoup moins les communes de la vallée de la Seine. Ce sont les seules qui progressent au cours du XXe  siècle. Ces dernières profitent sans aucun doute des axes de circulations : route, chemin de fer. Les autres communes des quatre cantons poursuivent leur déclin. Les progrès de certaines communes du Vaudois sont remarquables. Saint-Pares-Les-Vaudes figure désormais dans le peloton de tête des communes du Barséquanais, doublant sa population entre 1910 et 1990. Vaudes croît dans de mêmes proportions. La proximité de Troyes dynamise ces villages périurbains qui accueillent une population urbaine dans des lotissements pavillonnaires. 

Bar-Sur-Seine, enfin, ne s’est imposée dans la hiérarchie des communes qu’à la fin du XIXe siècle, mettant fin à la domination des Riceys. La « capitale » du Barséquanais s’est affirmée au niveau local bien qu'elle ait perdu sa vocation de chef lieu d’arrondissement, maintenant un niveau de services important même si les emplois industriels se raréfient. 

 


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