Bar-Sur-Seine dans la tourmente des guerres de religion

(résumé)

Jacky Provence

 

 

 

Deux sources essentielles nous permettent de connaître les événements qui se déroulèrent à Bar-Sur-Seine pendant les Guerres de Religion.  La première marque le début de ces guerres dans le royaume et à Bar-Sur-Seine.  Il s'agit d'un passage des Mémoires de Nicolas Pithou concernant des affrontements entre Huguenots et catholiques en 1562 et 1563.  La seconde couvre une période plus longue, 1582-1595, c'est à la dire l’époque de la seconde ligue et la fin des guerres de religion, tout au moins dans la région.  Il s'agit des mémoires de Jacques Carorguy, greffier au bailliage de Bar-sur-Seine.

Les Guerres de religion s'inscrivent dans un contexte mental très particulier.  Malgré la prospérité revenue dans le royaume après les désastres de la Guerre de Cent Ans, la première moitié du XVIe siècle, et surtout à partir des années 1520, a vu se développer une angoisse eschatologique.  Les astrologues ont prophétisé la venue prochaine de la fin des temps, tandis que l'hérésie de la religion réformée se développait.  Les années 1550 ont vu se développer nombreuses formes de processions dans la région de Troyes et en particulier les processions blanches, véritable rituel prophétique et pénitence eschatologique.  Cette attente est fortifiée par des miracles qui se jouent à Troyes, autour de la "Belle Croix".  A la fin de 1561, cette dernière change de couleur et de grosses goûtes suintes aux piliers.  Des malades guérissent et de nouvelles processions s'organisent.  Des violences sont commises contre des "prétendus réformés" sceptiques.  Les           violences atteignent leur paroxysme l'année  suivante.  Le ler mars 1562, Wassy connaît le massacre de ses huguenots, suivit         de près par ceux de Sens.  C'est le début des Guerres de Religion.  Les huguenots réagissent et s'emparent de villes, dont Troyes.  Ils en sont délogés par les catholiques et se réfugient à Bar-Sur-Seine.  Les catholiques de la région regroupent leurs forces et prennent Bar-Sur-Seine le 24 août 1562.  Nicolas Pithou nous fait un long récit détaillé des atrocités commises par les catholiques sur les huguenots.  Le 26 janvier, les huguenots s'emparent de nuit de Bar et se vengent de certaines des horreurs perpétrées l'été précédent.

Il faut ensuite attendre les Mémoires de Jacques Carorguy pour reprendre le cours des guerres de religion à Bar-Sur-Seine.  Le greffier de Bar-Sur-Seine fait débuter ses Mémoires en 1582, plus exactement avec le retranchement de dix jours dans l'année en décembre par le pape Grégoire XIII, afin de réajuster le calendrier religieux.  Jacques Carorguy y voit un sinistre présage.  D'autres vont suivre.  En mai 1583, le royaume est frappé par une terrible sécheresse qui déclenche de nouveaux cycles de processions blanches.  A partir du ler juin, elles partent des Riceys.  En tète de celle de Courteron, des enfants déguisés en anges annoncent l'arrivée de l'Apocalypse.  Les premières sont bien accueillies à Bar.  Mais les suivantes dégénèrent.  Carorguy voit en ces excès catholiques les raisons de la colère de Dieu.  Ces processions annoncent une nouvelle phase de troubles.

Dieu se courrouce davantage lorsque  à la mort du duc d'Alençon les grands du royaume se liguent derrière les Guise.  Henri III n'a plus d'héritier direct et le successeur légitime devient l'hérétique Henri de Navarre.  La nuit même de la signature du traité de la Ligue, le 5 décembre 1584, Dieu déchaîne les éléments.  Les fléaux de Dieu s'abattent alors sur le royaume comme pour punir tous ceux qui ne veulent pas reconnaître le vrai et légitime roi.

 

En 1586, la peste s'abat sur la région.  Jacques Carorguy compte deux cent victimes de la maladie à Bar-Sur-Seine.  L'année suivante, la famine frappe la région.  Le prix du blé est multiplié par six.  Les notables organisent l'assistance aux plus pauvres et contrôlent sévèrement l'approvisionnement de la ville, tout en prenant des mesures préventives contre une reprise de la peste.  En 1588, s'abat le dernier fléau, la guerre, à la suite de l'assassinat des Guise à Blois.

Au début de la Ligue, les habitants de Bar-Sur-Seine seraient bien restés neutres si la rivalité de deux familles n'entraîne avec elles leurs proches et clientèles à prendre l'un ou l'autre parti.  Le 15 août 1588, le parti de la Ligue est le plus fort à Bar-Sur-Seine.  La ville se déclare alors pour les Guise.  Les campagnes environnantes subissent alors la dure loi de la guerre ; pillages, viole, rançons et incendies deviennent l'ordinaire des villageois.  Les capitaines laissent leurs soldats se payer sur le plat pays.

Le 27 juin 1589, les Barséquanais voient sous leurs murs un premier affrontement entre les ligueurs et les royaux.  Les royaux vainqueurs somment la ville de s'ouvrir à eux mais passent leur chemin en échange de provisions.  En août 1590, les royaux se présentent une seconde fois devant la ville.  Les sorties des ligueurs de Bar se soldent par des échecs mais les royaux ne parviennent pas à faire céder la ville.  En avril 1591, la troisième tentative royale est un succès.  Le château est surpris par le seigneur de Praslain qui s'empare ensuite de la ville.  Les chefs ligueurs se réfugient à Troyes et n'ont qu'une idée, reprendre Bar-Sur-Seine aux royaux.  Guise, alors à Troyes accorde aux ligueurs de Bar une première expédition.  La tentative est faite en octobre 1591.  Elle est renouvelée à la Toussaint 1592.  Après une courte résistance, le gouverneur royal du château rend la ville aux ligueurs.  Les partisans du roi dans la ville doivent alors subir les exactions des ligueurs.  Mais les événements vont conforter les royaux dans leurs convictions.  Le 28 juillet 1593, Henri IV se convertit, le 24 février 1594 il est sacré à Chartres.  En mars, Paris se soumet, suivit de peu par Troyes.  Les habitants de Bar-Sur-Seine, tout comme les habitants des villages environnants supportent de plus en plus mal la garnison ligueuse qui occupe le château.  Finalement le 10 mai le gouverneur de Bar-Sur-Seine, M. de Grammont, se soumet à Henri IV.  Cependant, en octobre 1594, la mort de Grammont laisse la ville à la merci de son capitaine nommé Verdun.  La ville et la région doivent subir les exactions de ce capitaine et de ses hommes.  Elles avaient déjà souffert d'un printemps et d'un été épouvantable, détruisant les récoltes et provoquant une famine.  Le Maréchal de Biron, en route pour soumettre la Bourgogne, établit le siège du château de Bar-Sur-Seine le 27 décembre.  Le capitaine Verdun finit par se rendre le 10 janvier 1595.  C'est la dernière fois que le château devait subir un assaut.

Depuis leur soumission à Henri IV, le 10 mai 1594, les habitants espéraient se voir accorder la destruction du château qui n'avait cessé de les menacer.  Au passage de Henri IV dans la ville, le 31 mai 1595, ils renouvelèrent leur demande.  Finalement c'est en 1597, alors que le château ne représentait plus aucun intérêt stratégique pour le roi, que les habitants purent entreprendre son démantèlement.

 


Haut de la page 

      L'intégrale de la conférence

 Sommaire

Page d'Accueil