Une vallée : deux versants et quatre rives.

La vallée de la Seine à Bar-sur-Seine.

Franck Mailliard

 

Ne vous êtes-vous jamais demandé pourquoi les deux versants de la Seine sont si dissymétriques à Bar Sur Seine ou bien dans d’autres lieux comme Bourguignons ? Avez-vous aussi remarqué que les villes et villages étaient jusqu’au siècle dernier le plus souvent construits auprès du versant le plus abrupt ?  

 

 En effet si l’on regarde une coupe topographique comme celle ci-dessus, on aperçoit successivement du sud-ouest au nord-ouest le plateau, qui culmine à 250 mètres à la chapelle d’Avalleur puis sur la rive gauche de la Seine, au niveau de la Tour de l’Horloge un versant si abrupt qu’il fait même penser à une falaise.  Ensuite le terrain s’aplanit en arrivant au centre-ville. Arrive ensuite le lit mineur de la Seine, légèrement inférieur à 150 m d’altitude.  De l’autre côté, la rive droite (quartier de la gare) est assez basse. Au-delà du Château du Val de Seine, la pente du versant remonte assez doucement jusqu’à atteindre les 260 m au « Bois de Sémont ».  On retrouve le même type de relief dans d’autres lieux de la vallée comme à Bourguignons mais en inversé (versant de la rive droite abrupt et celui rive gauche moins prononcé).

  Ceci est dû principalement au travail de sape de l’eau.  La présence des grands réseaux d’eau tels que la Seine, l’Aube, la Marne, l’Yonne remonte au miocène supérieur et quaternaire ancien (entre 2 et 10 millions d’années). Par contre l’inégalité entre les 2 versants est plus récente puisqu’elle date des périodes glaciaires du Riss (100 000 ans), du Würm (20 000 ans) et des deux périodes interglaciaires (celle que nous connaissons actuellement et surtout celle entre le Riss et le Würm). 

  A ces temps préhistoriques, le débit de la Seine était plus important et plus puissant qu’aujourd’hui. Son lit mineur était plus grand même s’il a été volontairement un peu exagéré  sur le bloc diagramme. Depuis, il s’est déplacé, s’éloignant des rives, et est devenu plus petit à cause d’une plus grande évaporation liée au réchauffement climatique, ayant pour corollaire une baisse des précipitations et la raréfaction des eaux liées aux fontes des glaciers.

  L’érosion des versants provient ou plutôt provenait soit des crues à cause du phénomène d’abrasion, soit, le plus souvent, des décrues à cause  du différentiel de pression hydrostatique (déséquilibre entre le versant gorgé d’eau lors de la crue et le milieu ambiant lors de la baisse des eaux).  Enfin l’érosion peut provenir de l’alternance gel/dégel (phénomène de gélifraction)  ce qui provoque un éclatement des roches calcaires.

  L’érosion est d’autant plus forte que le courant est rapide (donc plus violent) et que la pente du cours d’eau est élevée.  La pente moyenne de la Seine aux environs de Bar est de 0,9 pour 1000, ce qui représente une dénivellation  de 90 cm pour 1 Km parcouru. Cette pente, sans être importante, n’en est pas moins négligeable.  Là où le courant est le plus rapide et le plus fort, on parle de «ligne des plus grandes vitesses ».  Sa présence est due aux forces centrifuges, aux mouvements internes du cours d’eau (tourbillons et mouvements hélicoïdaux), aux reliefs et obstacles rencontrés qui freinent le courant (phénomène de rugosité).  Cette ligne des plus grandes vitesses se situe souvent près d’une des deux berges sans toutefois la toucher.

  Comme le fleuve, elle possède elle aussi ses sinuosités, plus ou moins liées aux méandres, se rapprochant tantôt de la rive gauche et tantôt de la rive droite.  Autrefois, la Seine était bien plus proche des versants qu’elle ne l’est aujourd’hui.  Lorsqu’elle était proche du versant, sa force lui permettait d' « arracher » des matériaux, allant de la simple particule d’argile ou de terre jusqu’aux galets ou cas exceptionnel, blocs de pierres.  Elle sapait aussi la berge, entraînant des glissements de terrains ou des éboulements.  Cette rive est appelée rive concave.  Elle perd ses matériaux la constituant et a tendance à avoir ainsi une forte pente qui peut même devenir une corniche ou une falaise abrupte.  Sur la rive opposée, la rive convexe, le courant est moins rapide donc moins fort.  Les matériaux arrachés en amont s’y déposent au fil du temps.  Cette zone de dépôt, appelée terrasse alluviale, est en quelque sorte une zone de transition de plusieurs centaines de mètres de large entre le cours d’eau et le versant.  Ce dernier se trouve ainsi en partie protégé de l’érosion fluviale et sa pente est en conséquence plus douce.  

Cette rive convexe, en quelque sorte issue du cours d’eau est logiquement plus basse que la rive concave et est donc forcement plus sujette aux inondations.  C’est pour cela qu’elle n’a été mise en valeur que récemment.  Cela est bien visible pour la ville de Bar.  A l’origine la ville au Moyen-Age a été bâtie sur la rive gauche, ou rive concave, et cela pour deux raisons. D’une part l’altitude entre 152 et 160 m d’altitude limitait sérieusement les risques d’inondation, les maisons n’étant pas construites au bord de l’eau comme maintenant[1].  D’autre part l’érosion du versant offrait une pente très forte utile à un site défensif comme celui de l’ancien château, avec un versant qui servait de muraille naturelle et qui permettait de guetter les environs.  L’autre rive avec une altitude plus basse (150 m à la gare) n’a été construite que depuis quelques décennies [2].

  Notons enfin que le cours de la Seine et ses rives ont été modifiés par les déboisements et la mise en culture des champs sous l’Antiquité et surtout au Moyen-Age. Cela a engendré la présence de débris dans la seine (cendres, débris végétaux, terres issues des ravinements…) d’où des dépôts sur les rives convexes (phénomène d’alluvionnement) [3].

 Depuis, la Seine a été canalisée et son cours ne varie guère.  Son rôle actuel dans la formation des reliefs en est devenu négligeable, hormis le transport des terres et des ruissellements dus aux cultures intensives.  Son rôle a été aussi réduit par la construction de plusieurs barrages et du lac-réservoir de la Forêt d’Orient.

 

  Franck Mailliard

 

 



[1] En effet, même si autrefois les murailles de la ville longeaient la Seine, l’habitat se concentrait le long de la Grande Rue, au pied de la côte, et autour de l’église, dans le quartier appelé « Bourg de la Trinité », les zones plus élevées de l’ancienne ville. Les zones les plus basses de la ville et les plus proches de la Seine étaient « vides » selon l’expression de Vignier, occupées de jardins, comme le montrent entre autres la représentation de Duviert datant de 1609 ou encore le cadastre de 1835 (ndlr).

[2] Son caractère inondable a été rappelé plusieurs fois aux Barséquanais lors de fortes crues de la Seine et tout récemment celle du 11 mars 1999, voir le bulletin « Patrimoine Barséquanais »  du 31 mars 2000 (ndlr).  

[3] Ces dépôts constituent des zones humides, offrant de nos jours un faible intérêt agricole.  A Bar-Sur-Seine, le « Croc Ferrand », appelé communément « Cofran », en est l’exemple parfait (ndlr)  

 

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