Une Expérience en agriculture biologique

Gilles THOREY

Agriculteur à LANTAGES

 

 

 

Je me présente: Je suis né dans une famille qui ne compte que des agriculteurs. Mes parents, mes 4 grands-parents sont eux-mêmes nés sur des fermes. Il était donc naturel que je sois intéressé par cette profession. J’ai eu la chance de faire des études supérieures à l’Institut National Agronomique de Paris Grignon (I.N.A.-P.G.), et de les compléter par une spécialisation en Economie Rurale à Stuttgart en Allemagne.

En guise de service national, j’ai enseigné pendant 2 ans la géologie et la pédologie en Algérie à l’Institut de technologie Agricole de Mostaganem. En 1980, je suis séduit par une jeune fille qui devient ma femme et avec qui j’ai 3 fils. Je suis également séduit par une opportunité d’agrandissement et m’installe donc sur la ferme familiale. En 1968, mes parents avaient surpris le voisinage en modifiant leur façon de pratiquer l’agriculture en convertissant leur exploitation à l’agriculture biologique.

 

 

I) Définition de l’agriculture biologique:

 

 

Il s’agit d’une agriculture n’utilisant ni engrais chimique ni pesticides de synthèse. Elle est régie par le cahier des charges européen pour les productions végétales. Pour l’instant, ce sont encore des textes français qui réglementent les productions animales. Normalement, les pays européens devraient se mettre d’accord sur un texte en l’an 2000.

 

 

A) Pourquoi cette agriculture?

 

 

a)Problème environnemental.

L’agriculture conventionnelle engendre des pollutions dans différents domaines. Les élevages intensifs, en particulier dans l’ouest de la France et dans l’Europe du nord, polluent par leur excès de lisier et de déjection. La céréaliculture rejette des nitrates dans les nappes phréatiques et dans les cours d’eau. Quant on veut vraiment chercher, on trouve des pesticides aussi bien dans l’environnement que dans les produits alimentaires. C’est même l’argument avancé par Monsanto pour essayer d’imposer les O.G.M. (Organisme Génétiquement Modifié).

 

 

    b) santé des consommateurs :

 

Les matières actives utilisées augmentent nettement les risques de cancers. Les plus concernés sont évidemment les utilisateurs. Toutefois, certaines personnes réagissent de façon allergique et développent des eczémas ou des crises d’asthmes avec des doses infimes.

 

 

B) Les conditions pour pratiquer cette agriculture :

 

 

Après la deuxième guerre mondiale, des hommes très motivés ont mis au point cette technique. Ils ont payé les pots cassés. Certains ont menacé la survie de leur entreprise au nom d’une certaine éthique. On a très largement dépassé ce stade. Une mentalité de pionnier n’est plus indispensable. Une motivation environnementale, voire économique est largement suffisante. Bien entendu, notre agriculture ne conviendra jamais à ceux qui veulent des cultures impeccables sans mauvaises herbes, promet-tant un rendement record!

Par contre, celui qui raisonne en termes de marge brute à l’hectare verra peut-être les choses d’une autre manière.

 

 

II) Historique de l’exploitation

 

 

Avant mon installation, mes parents exploitaient 145 hectares avec Claude, un de mes frères. La ferme est en bio depuis 1968, les productions sont encore mal valorisées. Il existe toutefois un débouché en Belgique pour les céréales. A cette époque, le différentiel de prix était de 30%. Il est progressivement passé à 100% et atteint même 150% en ce moment.

En 1981, avec nos épouses, nous abordons la valorisation du lait par la fabrication des fromages et la vente directe sur le marché de Troyes, ainsi que dans une série de magasins spécialisés de l’agglomération troyenne. Le succès est rapide.

En 1989, un troisième frère, Édouard, s’installe avec nous. Mes parents prennent leur retraite. C’est le début de la trans-formation de la viande. La surface est à ce moment là de 386 hectares. La viande devient un secteur essentiel de la ferme. Nous devons adapter la production à la demande. Ce qui nécessite la construction d’une nouvelle stabulation.

En 1999, arrêt de la transformation laitière. Un problème sanitaire, lié à la crise de l’Époisses et du Chaource, nous incite à abandonner un secteur où les contraintes augmentent et où la marge diminue. Une valorisation biologique du lait apparaît grâce à une laiterie spécialisée.

 

 

III) Présentation de l’exploitation:

 

 

A) Les personnes qui y travaillent:

 

 

- 3 frères sur les 6 enfants de la famille.

- 2 épouses.

- 2 bouchers à temps partiel.

 

B) Forme juridique : G.A.E.C. (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun). 

 

 

L’agriculture de groupe permet de gérer un système diversifié de polyculture-élevage.

 

 

C) Les surfaces :

 

 

170 ha de prairie temporaire.

55 ha de déshydration de luzerne.

23 ha de jachères.

90 ha de blés.

8 ha de triticale (céréale créée à partir de croisements entre différents espèces de blé et de seigle).

10 ha d’avoine.

30 ha de tournesol.

 

 

D) Les animaux :

 

 

55 vaches laitières.

17 vaches allaitantes

25 veaux de boucherie.

70 bœufs.

33 génisses.

 

 

E) Les techniques de culture :

 

 

Il s’agit d’une culture moderne, même si elle peut sembler archaïque. Les adventices (plantes qui croissent sur un terrain cultivé sans avoir été semé, comme le chiendent) sont contrôlées de façon mécanique avec herses étrilles et une bineuse. Le cahier des charges nous impose des engrais naturels tels que le guano pour l’apport d’azote, le phosphate naturel et le patentkali (engrais à base de sulfate double de potassium et de magnésium) pour le potassium et le magnésium.

 

 

F) L’alimentation des animaux:

 

 

Pendant la belle saison, les animaux sont nuit et jour dans les prés. L’hiver, le foin constitue l’essentiel de la ration. Les animaux les plus performants reçoivent des céréales fourragères telles que l’avoine et le triticale. Pour la qualité du lait, nous excluons l’ensilage. Il s’agit d’un système très autarcique. les seuls achats concernent le sel et les minéraux (comme complément à l’alimentation bovine, NDLR). Autant que possible, les animaux sont soignés par homéopathie.

 

 

IV) Conclusion:

 

 

Nous oeuvrons dans un créneau économique porteur. Nous représentons moins de 1% de la surface cultivée de la France. Le plan Riquais prévoit en 2004, 3% de la France en bio.

La région Champagne Arden-ne reste malheureusement en dehors de ce mouvement. Notre région est globalement une région d’agriculteur prospère où on évite de se poser des questions. La pression sociale impose très souvent de ressembler aux autres. Les agriculteurs ont peur de ce qui est différent.

Dans le département de l’Aube, nous sommes une quinzaine de producteurs. Je préside l’association des Agriculteurs Biologiques et Bio-dynamiques de l’Aube. Nous représentons toute la diversité du département avec des céréaliers, des apiculteurs des maraîchers, des producteurs de champagne, des éleveurs ovins, bovins et caprins, ainsi qu’un producteur de plantes médicinales.

Allez goûter leurs produits, vous retrouverez des goûts et des senteurs inégalables.

 

 

Gilles THOREY

 

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