Les Chauves-Souries : Mythes et Réalités

Résumé de la conférence de Karine Aubouin

donnée à Bar sur Seine le 1er septembre 2000

Par Daniel Coquin

Contrairement aux apparences, La chauve souris n'est pas un oiseau. C'est un mammifère, comme moi. Mais en mieux ... car des dizaines de millions d'années d'évolution et de sélection naturelle lui ont permis de développer des caractéristiques étonnantes que Melle AUBOUIN nous a fait découvrir lors de sa conférence du 1er septembre 2000. En voici quelques extraits résumés.

 

" La chauve souris est un mammifère, comme nous. Elle est poilue, elle allaite ses petits et présente beaucoup de points communs avec nous sur le plan morphologique. Ses mains ont évolué et sont devenues des ailes. Ce sont les seuls mammifères capables d'un vol actif et elles peuvent même voler dans le noir complet. Leur ouïe est très développée. Elles ont en général de grandes oreilles et un système de sonar comme les dauphins mais en plus perfectionné. Elles sont capables, grâce aux ultra sons qu'elles émettent, de capturer des chenilles qui sont cachées dans le feuillage d'un arbre. Elles arrivent à détecter la différence de texture entre la feuille, la chenille, le mur, et sont capables d'évaluer la vitesse d'un insecte. Pour capturer un insecte, elle s'en approche le plus possible, puis forme une espèce de nasse avec ses ailes, l'attrape et le croque en vol. C'est à cela que servent les dents très aiguës. Elles peuvent manger tout insecte rampant. Elles arrivent aussi à manger des gros papillons nocturnes ou diurnes cachés dans le feuillage.

Il y a un trentaine d'espèces en France. En Champagne Ardenne, on en compte 21, dont 16 sur le secteur, notamment dans le parc de la forêt d'Orient. On rencontre des chauves souris en chasse sur les prairies pâturées, parce que le bétail amène des insectes ainsi que l'herbe et les fleurs. Les papillons viennent et attirent leurs prédateurs : les hirondelles et les chauves souris entre autres.

La forêt est un milieu également très riche. Les milieux humides, en général, les lacs, les bords de rivière, les petites mares, les étangs sont des lieux propices au développement des moustiques. Les villages sont également très utilisés par les chauves souris pour chasser. Dans les maisons, elles chassent même les araignées à l'intérieur quand elles peuvent rentrer. Elles chassent aussi autour des vergers et bien sûr autour des lampadaires. Ces derniers sont vraiment des aimants à insectes. Pour la chauve souris, c'est une table d'hôte permanente et toujours bien garnie !

 

 

Comment s'organise une année de chauve souris ?

 

En automne : Les jeunes sont grands et capables de voler. Ils vont faire leur réserve de graisse, comme les ours. Ils vont grossir, manger des insectes tant qu'ils peuvent. L'accouplement va avoir lieu pendant cette période. Quand il n'y a plus d'insectes, les hirondelles s'en vont et les chauves souris,  partisanes du moindre effort, ont choisi d'hiberner.

L'hiver : c'est l'hibernation totale comme les ours, les marmottes, etc. Elles vont s'endormir vraiment. Le rythme cardiaque va passer de 100 battements à 1 par minute. La respiration va diminuer aussi fortement. Il n'y aura même plus une respiration par heure. La température du corps va elle aussi fortement diminuer. Si la chauve souris se trouve à un endroit où la température est à 6 degrés, sa température corporelle va être de 7 degrés environ. En hibernation, elles sont capables de se réveiller de temps en temps pour faire leurs besoins ou changer d'endroit. Si on les réveille, elles vont subir un stress énorme et passer en quelques minutes de 1 à 100 battements de cour par minute, voire à 500 si elles se mettent à voler. Cela peut provoquer des crises cardiaques, car ce sont des animaux qui sont cardiaques. En plus, cela provoque une consommation d'énergie supplémentaire qui compromet son arrivée au printemps. C'est pour cela que l'on a vraiment mis l'accent sur la protection des sites en hiver.

Les beaux jours arrivent : Notre chauve souris va se réveiller, car dans les grottes, la température va augmenter tout doucement. A ces périodes là, la chauve souris est très sensible aux augmentations de 1 ou de 2 degrés. Quand on pénètre dans les grottes et que l'on passe dessous, on dégage de la chaleur. On augmente la température et on réveille ainsi les chauves souris. Elles s'imaginent qu'il fait beau dehors et si par manque de chance, il gèle, elles se réveillent pour rien.

Pendant tout l'hiver elle a stocké le sperme. Au printemps, va avoir lieu la fécondation, quand les insectes arrivent. Elle va se nourrir. Le développement du bébé va se faire au rythme de la météo. Elle est capable de ralentir le développement du bébé, si il n'y pas assez d'insectes, si le temps est trop pluvieux, s'il fait froid. Au lieu de développer un bébé qui sera mal formé parce que mal nourri, elle stoppe le développement. Il reprend dès que les conditions le permettent. C'est une adaptation qui s'est faite très lentement au cours du temps. Les chauves souris sont très vieilles. Elles ont cinquante millions d'années. Cela peut même aller parfois  jusqu'à l'avortement, si vraiment la naissance du bébé viendrait trop tard. Il faut que ce bébé soit capable de voler au mois d'août, comme un adulte et de se nourrir pour pouvoir passer l'hiver. Ce n'est donc pas la peine de faire un bébé au mois de juillet si de toute façon il ne passe pas l'hiver. C'est un principe d'économie maximum

Au mois de juin, les bébés vont naître. Un petit par femelle et par an, pas plus. C'est surtout à cette période que l'on voit les chauves souris dans nos maisons.  Au mois d'août, lorsque les jeunes savent voler, en général, elles changent de lieu.

Une chauve sourie peut vivre longtemps. Le record est de trente deux ans. Mais c'est un record. Malheureusement, celles que je retrouve maintenant ont quatre à cinq ans à peine. Elles meurent pour diverses raisons. Une chauve souris qui meurt à cinq ans a le temps de faire deux petits, donc forcément, elles ne peuvent pas pulluler. En cherchant les crottes on peut trouver les chauves souris. Quand il y a des crottes fraîches, c'est qu'il y a quelque chose au-dessus !

 

 

La Pipistrelle : c'est la plus petite chauve souris d'Europe. Elle pèse moins de 10 grammes, et mesure de 12 à 15 cm. La Pipistrelle commune s'adapte très bien à la vie moderne. Elle adore le store des volets roulants, se mettre entre l'isolation et la tuile... Les maisons de lotissements sont son terrain de jeu favori. C'est la seule chauve souris qui n'est pas en voie de disparition.

 

Le grand Murin : c'est le spécialiste du hanneton. Pour croquer un hanneton en vol, il faut de bonnes dents. Il pèse environ trente cinq grammes pour environ quarante centimètres d'envergure. Son habitat se trouve dans les forêts, les prairies, il adore les sols nus. Il mange aussi les bousiers. C'est un animal très grégaire.  Il y a peu de colonies mais qui regroupent une population très large. Sur l'Aube, nous en connaissons trois, une à 300, une à 90 et une à environ une centaine.   

 

L'oreillard : Il est de taille moyenne, environ 20 à 25 cm d'envergure. Sa particularité est d'avoir de très grandes oreilles qui font la moitié de son corps. C'est lui le spécialiste capable d'aller chercher les chenilles sous les feuilles. Ses grandes oreilles lui servent de radar, de pavillons récepteurs. Il a vraiment un sonar très précis qui lui permet de bien voir tous les détails.

 

La noctule est une grosse chauve souris. Elle pèse 40 gammes, pour environ 40-45  centimètres d'envergure. Vous l'avez peut être déjà vue, car quand elle vole on la prend vraiment pour un oiseau. Elle vole au dessus de la forêt, très vite, à environ 60 km/h. De par son envergure, elle est impressionnante, massive. Elle capture les insectes qui sont au dessus de la forêt.

 

Le Vespertilion de Daubenton a à peu près la même taille que la pipistrelle. C'est une petite chauve souris que l'on voit voler juste à la surface des étangs. Il vole toujours au ras de l'eau. Avec ses pattes plus grandes que celles des autres chauves souris, il attrape tous les insectes qui sont à la surface de l'eau.

 

Les Rhinolophes : On en a 400 à Bossancourt et 150 aux Riceys. Ici, c'est une population qui se porte encore à peu près bien. Dans les Ardennes, on compte une colonie où il y a une centaine d'individus, juste en hiver, car en été on ne sait pas où ils vont. C'est une espèce qui, en 50 ans, a vraiment connu un déclin important. On en est sûr car cette chauve souris, en hibernation, est toujours suspendue. Les gens qui ont commencé à compter les chauves souris après la deuxième guerre mondiale comptaient systématiquement les rhinolophes. Ils s'intéressaient moins aux autres chauves souris car il fallait regarder dans les fissures. Pour cette espèce, on connaît exactement la chute du nombre d'animaux. Ces chauves souris se suspendent grâce à des griffes qui se bloquent. Il suffit d'une tout petite aspérité de la pierre car elles ont des griffes très pointues. Dans cette position, les muscles sont au repos, elles ne dépensent aucune énergie.

 

Le petit Rhinolophe, de la taille d'une pipistrelle possède à peu près les mêmes habitats. Ils ne vivent pas ensemble, par contre. Sur le plan de sa population, le petit Rhinolophe est dans une situation encore plus dramatique. En Haute Marne, il en reste encore pas mal. On a découvert une colonie encore tout récemment. Dans les Ardennes, on en a compté 10 en été et 6 en hiver. Ils étaient très fréquents il y a cent ans. Cependant, il faut noter que nous sommes en limite d'aire de répartition. C'est à dire que plus au nord, il n'y en a plus. Si il n'y avait pas eu l'homme, ses maisons et les carrières qu'il a creusées, jamais la chauve souris ne serait venue ici. Maintenant l'homme ne sert plus à augmenter l'aire de répartition des chauves souris, mais plutôt à la diminuer. C'est pour cela que c'est aussi sensible car ce n'est pas son aire naturelle de répartition.

 

Les causes de disparition des chauves souris : Leurs prédateurs naturels sont la chouette et le chat domestique mais cela reste largement dans le cadre des équilibres de la nature. Par contre l'agriculture moderne, avec l'usage intensif de pesticides et d'insecticides empoisonne méthodiquement les chauves souris. C'est  une explication du raccourcissement de leur temps de vie. Cela provoque aussi  une stérilité. Il y a aussi le dérangement pendant l'hiver. Et puis les bagueurs ont fait aussi énormément de dégâts. Le bagage en France est interdit depuis les années 1970. Par contre, c'est vrai que grâce au bagage, on a pu obtenir des données. On n'aurait jamais pu connaître la chauve souris qui vécut trente deux ans. On aurait jamais pu apprendre non plus que la chauve souris revenait toujours au même endroit. Des Rhinolophes ont pu être observés pendant plus de dix ans exactement au même endroit en hiver. Il s'en va en été et revient en hiver.

 

Sensibiliser le plus large public afin d'éviter qu'elles ne soient tuées fait aussi parti de notre mission. Pendant les douze ans de suivi que nous avons réalisé sur Arsonval et Bossancourt, depuis l'hiver 1988 où nous sommes partis d'une population de moins de six cents individus, on est arrivé à doubler ces chiffres. Ce n'est pas tant un phénomène de reproduction des chauves souris qu'un accroissement par recrutement. On a observé depuis quelques années que les petits Rhinolophes s'accrochent même très bas sur les parois. C'est un phénomène assez rare, car dans les sites dérangés, les chauves souris sont le plus haut possible."

 

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