Les Conférences du 9 juin 1999

compte rendu des conférences  de Sylvain Michon et Pierre-E. Leroy

 par Jacky Provence

Le mercredi 9 juin 1999, nous avons eu le plaisir d’accueillir deux intervenants au théâtre de Bar-Sur-Seine. Le Premier, Sylvain Michon, nous fit une conférence dans le cadre de 4e Mois Médiéval, intitulée : La découverte d’un trésor monétaire au Moyen Age à Fralignes ou les malheurs de Julien le Bègue. Sylvain Michon est délégué à 1’Action Culturelle du Parc Naturel Régional de la Forêt d'Orient, diplômé de l’E.H.E.S.S. (École des Hautes Études en Sciences Sociales), il s’est spécialisé dans l’étude des monnaies.

A partir d’un fait divers, la découverte en 1494 d’un trésor monétaire par un paysan, et des documents d’archives judiciaires, Sylvain Michon reconstitue 1’histoire de ce malheureux paysan et nous fait une démonstration de «micro-histoire». Comment l’étude d’un fait local et d’apparence anodin peut expliquer un contexte plus vaste : la mutation d’un espace en reconstruction après les désastres de deux siècles de guerres ?

Évoqué par M. Michel Belotte dans sa thèse La région de Bar--Sur-Seine à la fin du Moyen Age, du début du XIIIe siècle au milieu du XVIe siècle. Étude économique et sociale en 1973 (p.324), la découverte du trésor monétaire par Julien Le Bègue nous montre comment un seigneur laïc et un seigneur ecclésiastique entrent en conflit par de la revendication réciproque d’une terre. Le contexte est celui d’une réaction nobiliaire. Les seigneurs, souvent ruinés à l’issue des guerres des XIVe et XVe siècles, cherchent à rétablir les servitudes féodales, à augmenter leurs revenus et leur autorité sur les paysans. Ici, le sire de Lenoncourt, seigneur de Loches et de Marolles, exerce un droit de justice pour une terre qu’il prétend sienne. Cette terre est d’autant plus intéressante qu’elle recelait le trésor découvert. Il entre alors en conflit avec le Prieur de Fouchères, seigneur de Fralignes.

Julien Le Bègue avait mis à profit son trésor de 98 pièces d’or non pour vivre dans le luxe et l’oisiveté mais pour accroître son patrimoine productif : troupeau de mouton, qui lui fournirait la laine pour tisser des tabliers, cheval et charrette. Mais le trésor attire la convoitise du puissant seigneur de Loches et de Marolles. Après avoir délesté le paysan-tisseur des pièces qui lui restaient et 1’avoir jeté en prison, le prieur de Fouchères, seigneur de Fralignes vient réclamer sa part et saisit le reste des biens du malheureux Julien. Après de longues procédures en justice entre les différents protagonistes, prieur et seigneur semblent s'être arrangés tandis que le pauvre Julien Le Bègue tombe dans l’oubli, sans doute au fond d’un quelconque cachot.

 

 

 

La seconde intervention fut le fait de Pierre-Eugène Leroy, Maître de Conférences au Collège de France. Il nous présenta le premier tome de son édition des Chroniques de Nicolas Pithou, sorti la semaine précédente.

Dans un premier temps il nous fit le récit du destin du manuscrit de Nicolas Pithou, Histoire Ecclésiastique de l’Église de la ville de Troyes, qui passa dans la collection Dupuy, puis dans la Bibliothèque Royale, avant qu’elle ne devienne Impériale puis Nationale. Les mille pages furent souvent copiées, en partie ou en totalité, mais jamais publiées, sans doute au début jugées trop dangereuses pour nombre de Troyens qui n’ avaient pas la conscience tranquille, puis estimées trop violentes par certains de ses passages. Ainsi jusqu’à ce jour, ce document précieux pour la connaissance des troubles religieux à Troyes comme à Bar-Sur-Seine (seul récit de la Saint-Barthélemy de 1562 à Bar-Sur-Seine) n’avait jamais été édité.

Nicolas Pithou relate à travers cette chronique sa propre histoire. Né en 1524, année du Grand Incendie de Troyes, il devient comme son père avocat au service de l’évêché ou de la ville. Il a été aussi bailli de Chacenay et possède des terres, le domaine de Champgobert, près d’Ervy. Pendant plusieurs années la famille Pithou hésite entre religion catholique et religion réformée. Entre la mort de son père (1554) et sa propre maladie (1559) les contradictions sont de plus en plus fortes. Alors que les médecins le disent perdu, le miracle se produit. Il accomplit alors son vœu et réforme sa vie. Il se rend à Genève en 1560. Il devient le protecteur des réformés à Paris, à la Cour du roi, auprès des autorités troyennes ou de Calvin à Genève. Il est contraint de s’exiler entre 1568 et 1598 à Montbéliard, Genève puis Bâle. Il revient finalement mourir dans la cité troyenne en été 1598, année de 1’Edit de Nantes.

Cette chronique est aussi celle de l’échec de l’Église Réformée dans sa ville et celle de la violence qui a secoué cette seconde moitié de siècle. Il réécrit à posteriori, sans doute depuis sa terre d’exil, une histoire de la violence en Champagne. Elle s’interrompt en mai 1594, date de la soumission de la ville de Troyes à Henri IV. Il ne poursuit pas l’œuvre jusqu’à l’Édit de Nantes, sans doute malade, aigri et désabusé par le compromis entre le roi et les Troyens. Cette chronique est encore un recueil de dialogues de la rue, une rencontre avec les corps de métiers, que Nicolas Pithou nous restitue dans leur saveur quotidienne.

Les Chroniques de Nicolas Pithou sont un témoignage unique pour la connaissance d’une ville, d’une région, du destin d’une religion qui ne parvient pas à s’imposer, dans un contexte de violences exacerbées.

 

 

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