LA BIO DYNAMIE DANS LA CULTURE DE LA VIGNE

Résumé de la conférence de Jean-Pierre FLEURY

donnée à Bar-sur-Seine le 06 avril 2001

Par Jean-Luc Stéphan

M. Jean-Pierre FLEURY

Vigneron à Courteron, il exploite son vignoble en bio dynamie officiellement depuis plus de 10 ans.

Les produits qu’il présente sont l’objet de récompenses régulières et au plus haut niveau.

 

 

M. FLEURY exprime son contentement d’être ce soir avec les membres de l’association PATRIMOINE BARSEQUANAIS, car le terroir barséquanais fait partie de ce patrimoine. En effet, nous n’avons pas à rougir de notre terroir car de-puis plusieurs années, des médailles d’or ou d’argent au salon de l’agriculture viennent saluer le travail des viticulteurs du Barséquanais.

L’ origine des A.O.C. date d’à peu près un siècle. Elle comporte d’abord le terroir, le cépage, et ensuite le travail du cep, c’est à dire la main de l’homme-me qui intervient sur ce cep.

Concernant ces trois aspects, il y eut des dérives par rapport à l’origine. En effet, on a par exemple bousculé les terroirs, en prenant de la terre d’un côté et mettant des cailloux de l’autre.

Quant au niveau du cépage, on a des pinots noirs, certes, mais qui viennent de clones. Que ce soit ici, en Australie, en Nouvelle Zélande ou en Afrique du Sud, etc., c’est le même clone.

Quant aux habitudes culturales, on a une taille assez spécifique, mais il n’y pas que cette région qui l’utilise. On a le même engrais, les mêmes produits phytosanitaires, etc. C’est à dire qu’on supprime quel-que part l’A.O.C. et c’est grave.

Il faut remettre en cause ces habitudes puisqu’on s’aperçoit que, dans la sélection des chardonnay du monde, ce n’est plus le chablis qui est forcément premier. On s’aperçoit qu’il y a des vins de cépages, élaborés dans le nouveau monde, qui rivalisent avec nos vins de terroirs.

« Au départ, je ne voulais pas être vigneron, je voulais être astronome. J’ai gardé les pieds sur terre grâce à la vigne, mais j’ai toujours regardé le ciel.

Je pratique la bio dynamie depuis 1970.

Adepte d’une agriculture plus propre, sur les traces de mon père, pionnier des porte- greffes en 1901, j’ai choisi de cultiver l’ensemble de mon vignoble de Courteron en bio dynamie. C’est une philosophie qui a rallié trois autres viticulteurs autour d’une unité de pressoir commun. Ils cultivent ensemble une trentaine d’hectares, 90 % en pinot noir et 10% en chardonnay. Ils ont bien compris que la bio dynamie, loin d’être un retour en arrière, permet également l’utilisation de la haute technologie, quand elle est au service de la qualité.

Il y a 4 types d’agriculture : La culture conventionnelle qui nourrit les plantes par des sels solubles. Cette culture a amené des problèmes de pollution, des problèmes de maladies, etc. On traite de plus en plus. L’environnement en souffre.

De cette pratique exagérée, est née l’agriculture raisonnée. C’est bien, parce qu’on pollue moins. Mais on ne travaille qu’avec deux éléments que sont la terre et l’eau.

L’agriculture biologique agit dans le même esprit de respect de l’environnement que la bio dynamie. Elle ne nourrit plus les plantes, mais le sol, par le biais de compost, d’engrais organiques, etc.

Rudolph Steiner, philosophe et scientifique, polytechnicien, de la fin du siècle dernier, créa le cours de bio dynamie en 1924. Il expliqua cette année là les raisons scientifiques de la maladie de la vache folle. Il jette un pavé dans la mare en affirmant que les plantes chlorophyllienne se nourris-sent à plus de 95% d’éléments non terrestres. Par contre il faut que la terre soit un réceptacle dans lequel vont vivre des organismes vivants. Elle va aussi être la matrice réceptrice de tous ces éléments subtils qui sont au dessus de la terre, c’est à dire l’atmosphère et la très haute atmosphère. L’atmosphère apporte l’oxygène, etc. et la très haute atmosphère apporte des éléments originaux comme l’hydrogène, l’hélium et d’éléments très subtils comme le silicium, le souffre, le phosphore. Le silicium va être un des éléments de la mise en œuvre de la bio dynamie.

Mais qu’est ce que la biodynamie ? C’est une méthode globale, séquentielle. Tout à l’écoute de la nature, nous prenons en compte les quatre éléments vitaux : la terre, l’air, l’eau et la chaleur. La vigne donne alors le meilleure d’elle-même. Dans les rangs de nos vignes ni désherbants ni pesticides. La terre est d’une souplesse peu commune. Elle est labourée et enrichie par le compost organique (du fumier de paille d’origine bovine). Elle redevient alors lieu de vie. Les préparations bio dynamiques aident à synthétiser les différents éléments de la terre. Ces préparations sont pulvérisées en se référant à un calendrier céleste.

C’est toute une philosophie qui est ici mise en pratique et à chaque vendange, les résultats sont là. On retrouve aussi certaines pratiques ancestrales d’une agriculture à l’écoute de la terre mais également des rythmes célestes. Ce calendrier nous donne la position des astres et notamment de la lune et du soleil. Il nous indique ainsi ce que l’on doit soigner : la racine, la fleur ou la feuille. Par exemple, on va biner la terre de nos vignes dans la constellation “fruit”. Cela donne un raisin exempt de toute, ou presque, chimie dont les enfants eux mêmes peuvent sentir tous les arômes au pressoir.

Steiner amène deux prépa-rations qui s’appellent :

Ø la préparation 500, à partir de bouse de vache mise dans une corne de l’automne jusqu’au printemps suivant, pour subir toutes les forces de l’univers.

Ø l’autre préparation est la silice de corne, c’est à dire du cristal de roche broyé très finement et mis dans une corne pendant tout l’été de Pâques à l’automne.

Ces deux préparations vont subir une transmutation im-portante qui va aider à améliorer la décomposition organique du sol.

Elles sont réparties à des doses homéopathiques.

Claude Bourguigon, ingénieur agronome, dit qu’il y a dans cette petite boulette de préparation 500, un milliard d’organismes vivant au centimètre cube. Pour l’agriculture, c’est un starter du milieu de décomposition de la matière organique. Cette préparation contient une capacité énergétique extraordinaire pour remettre en forme un terroir.

Mais surtout on a une démarche d’observation qui s’élargit de plus en plus. On voit son sol changer, le feuillage changer au niveau de la couleur, de la forme du raisin, on voit in fine les arômes se transformer.

La fleur du millepertuis est très colorée, très dense. En regardant bien cette plante, elle est trouée, comme si elle était remplie d’alvéoles transparentes (d’ou son nom d’ailleurs). Ces alvéoles condensent la chaleur et la lumière pendant une bonne partie de l’été (puisqu’elle fleurit en juillet). Ces alvéoles décuplent la capacité de capter la lumière et la chaleur. En final, la plante de millepertuis est active contre les brûlures. Si vous pressez d’ailleurs la fleur de millepertuis, la sève qui va s’écouler est presque couleur sang, d’une chaleur intense.

Vous ne verrez jamais au printemps un coquelicot, ni un raisin mur. En fait, vous verrez au printemps des fleurs blanches des fleurs jaunes. Plus la lumière va être intense, plus on va avoir des couleurs qui vont se densifier égale-ment.

Goethe a beaucoup travaillé sur la métamorphose des plantes et sur la théorie des couleurs. Dans son traité des couleurs, il montre cet aspect là. Tous ces éléments subtils se créent par la photosynthèse, par la transformation de la lumière en matière vivante.

Alex Podolinsky, un des pionniers de la bio dynamie, a fui l’Allemagne pendant la guerre et est parti en Australie. Il a, là-bas, un million d’hectares en bio dynamie (ce n’est pas beaucoup pour l’Australie). Dans ce pays où, dans certaines régions, rien ne pousse à cause de la chaleur, il a remis en vie l’humus et la matière organique de façon considérable. Des agriculteurs de l’Allier sont allés voir et ont constaté de visu la différence entre son exploitation et celles de ses voisins. La métamorphose est extraordinaire. Il dit qu’il y a un miracle permanent qui se fait sous nos yeux: celui de la transformation de la lumière en matière vivante.

Le deuxième fondement de la bio dynamie est là : il faut dynamiser la photosynthèse. C’est le travail de la préparation 500. Elle va travailler le complexe argilo-humique du sol jusqu’au sous sol. La différence entre la culture biologique et la bio dynamie réside là d’ailleurs. En biologique, dans les 20 premiers centimètres du sol on retrouve exactement les mêmes équilibres biologiques, mais en bio dynamie on travaille beau-coup plus en profondeur. Dans notre terroir, on a fait une coupe de sol. On a retrouvé des quantités de micro organismes impressionnantes.

La multiplication des micro-organismes, va créer une micro porosité de la terre qui va laisser le cycle de l’eau se faire normalement. Le gros problèmes du XXIème siècle va être le problème de l’eau, pas seulement la production, mais le cycle de l’eau.

Zarathoustra, clerc perse du VIIIème siècle avant notre ère, a dit, : «Ouvrez le sol pour que le soleil pénètre».

L’élément eau va être l’élément de transfert des énergies. Les deux préparations vont être dynamisées. C’est à dire qu’on remplit d’eau un grand tonneau en cuivre (intéressant sur le plan homéopathique, cela permet de mettre un peu moins de produit phyto). Ce tonneau à une capacité de 300 litres (qui permet de traiter 5 à 6 hectares). On met de la prépa-ration 500 pour une valeur de 120 grammes par hectare. Dans une vigne qui avait des problèmes de chlorose et que je ne pouvais traiter autre-ment, on m’avait conseillé de mettre trois fois la dose de préparation 500 c’est à dire 360 grammes à l’hectare en deux passages à quinze jours d’intervalle. C’était juste avant la floraison, il n’y avait rien à risquer, si elle chlorosait encore elle ne fleurirait pas. Nous sommes dans des processus vivants qui sont plus lents qu’en culture classique. Comme ce ne sont pas des sels solubles mais des éléments qui agissent par les micro organismes ou par la photo-synthèse, etc., on a des réactions plus lentes. Dans les 15 jours qui ont suivi, cette vigne qui chlorosait, a poussé de 20 à 30 centimètres et elle a fleuri, c’était extraordinaire. En l’occurrence, cela a débloqué le métabolisme de la plante et du sol. Comment ? Je ne le sais pas, mais je l’ai remarqué. Il y eut une action qui s’est pérennisée dans le temps.

Une fois tous les éléments placés dans le tonneau en cuivre, la dynamisation consiste à faire tourner ce mélange de façon à créer un vortex à l’aide d’une pale qui tourne très vite.

Que se passe-t-il quand on dynamise. C’est la même action que la feuille de mille-pertuis de tout à l’heure. En créant ce vortex, on décuple la surface de l’eau. On oxygène, mais en fait c’est plus que cela, car on va prendre tous les éléments qui proviennent de l’atmosphère et de la très haute atmosphère. On va les faire passer dans l’eau, ce qui va dynamiser la préparation. On va ensuite pulvériser sur le sol cette préparation là ou éventuellement dans les zones difficiles en été ou au printemps sur le feuillage. L’eau, en bio dynamie, sert au transfert des énergies.

 

On arrive à l’élément important pour toutes plantes, c’est à dire la floraison. Pour la vigne c’est prépondérant pour avoir à la fois une quantité de raisin mais aussi une qualité.

C’est la préparation de silice qui va nous aider à favoriser la photosynthèse. On la passe quand le feuillage en est à 2 ou 3 feuilles juste après floraison. La quantité de silice répandue est de 2 à 4 grammes par hectare. C’est insignifiant, mais efficace. Au deuxième pas-sage, on voit la différence par rapport au voisin qui ne traite pas parce que l’on est différent de lui. La silice nous aide à intensifier la photosynthèse, à donner cette brillance aux feuilles, un peu au raisin, mais surtout cette silice va des-cendre aux racines pendant l’hiver et permettre de développer au maximum les potentialités du stratum

La silice est un des premiers éléments de condensation de la matière, après l’oxygène, l’hydrogène, le carbone et l’azote. La terre en possède presque 50%.

Que se passe-t-il entre le silicium et la plante : c’est une intensification de lumière et de chaleur qui permet une maturité plus importante et surtout une harmonie plus importante.

La préparation consiste à placer le quartz que l’on reçu un peu pilé mais en granulométrie un peu grossière entre deux plaques de verres. Puis on les frotte de façon à obtenir une poudre de silice. Ce qui est étonnant, c’est qu’au bout d’un moment la silice colle. Elle devient colloïdale. Autrement dit, voilà un minéral qui devient autre chose qu’un minéral. A ce moment là, on la dilue dans de l’eau et on la place dans la corne. Quand je la prépare, cela me donne l’impression de broyer de la lumière. Généralement, on broie du noir !

Ces deux préparations sont les deux préparations fonda-mentales. On peut les comparer à des « starters de vie ». Ce ne sont pas encore des réalités scientifiques, mais nous les percevons dans le sol, dans la couleur des feuilles, dans la forme, dans le goût.

Si la culture de la vigne est soumise à des normes, précises et contrôlées par des organismes agréés, un problème subsiste en matière d’appellation bio : la charte de qualité en matière de vinification n’en est qu’au stade de l’élaboration. Pour l’instant, c’est au vinificateur de respecter cette continuité bio. Dans mon entreprise, on fait 4 fractionnements au lieu de 3. On utilise des fûts en chêne pour certaines cuvées. En matière de fermentation là aussi, on élimine la chimie. Au niveau de la deuxième fermentation, la mallolactique, on agit en fonction de la vendange. C’est un choix personnel du vinificateur. Les années ou le jus est moins acide au sortir du pressoir, on bloque la fermentation malo-lactique.

Pour la prise de mousse, le millésime 1996 est bouché en liège au tirage, avec une agrafe sur une bague carrée comme il y a un siècle et demi. Nous nous sommes rendu compte que c’est un plus qualitativement dans la me-sure où se passe une micro oxygénation beaucoup plus subtile qu’avec les traditionnelles capsules.

Il n’est pas facile cependant pour un viticulteur de passer aujourd’hui au bio. Une période de reconversion de trois ans est obligatoire le temps nécessaire pour que la terre retrouve son énergie naturelle. Les aides publiques existent mais ne sont pas forcément connues des viticulteurs et l’information en matière de bio a beaucoup de mal à passer. Les trois années de reconversion sont difficiles à passer et nécessitent d’avoir les reins solides.

Par contre dans tous les grands vignobles en AOC, en Bourgogne, à Vosnes Romanée, Romanée Conti, Meursault, Puligny Montrachet, en Alsace, Vouvray, Côte du Rhône, une partie de Pétrus dans le Bordelais etc., on trouve au moins un viticulteur qui pratique ce type de culture. C’est donc maintenant un type de culture qui se pratique même dans les grands vignobles car ils se sont rendu compte, surtout dans les AOC, que les grands vins n’existaient plus. Ainsi Anne-Claude Leflaive à Puligny Montrachet a fait l’expérience de la culture traditionnelle, puis raisonnée, puis biologique. Elle a passé ses 27 ou 28 hectares en bio dynamique. Elle y a trouvé des choses très intéressantes, notamment dans la microbiologie des sols et in fine dans le produit final.

En allant chercher les fûts, à Puligny Montrachet, elle nous a fait goûter à l’aveugle. Il y avait parmi ces vins une plus grand complexité, une plus grande harmonie dans ceux issus d’un terroir en bio dynamie. Ce n’était pas très net. Mais, 15 jours avant, le dégustateur de la revue des Vins de France avait fait la même analyse.

Je voudrais terminer par une citation d’Alex Podolinsky :

« On va travailler sur des éléments du vivant et non sur des forces de mort, par opposition à l’agriculture traditionnelle. En bio dynamie, nous sommes des constructeurs de santé, et non des guérisseurs de maladie ».

 

Jean-Pierre FLEURY

 

La reconnaissance internationale de Jean-Pierre FLEURY lui a permis d’être sélectionné par le désigner parisien Philippe STARCK pour figurer dans son catalogue de vente de produit bio par correspondance. Diffusé également sur internet, voilà une nouvelle voie pour la commercialisation du bio, plus ouverte au grand public que les boutiques traditionnelles. STARCK s’est appuyé sur les listings de vente de la Redoute pour lancer son catalogue. Des milliers de consommateurs potentiels vont ainsi être mieux informés sur les produits bio. 

 

õ

 

 

 Sommaire

Page d'Accueil