LES TRINITAIRES DANS L’AUBE

Pour la rédemption des prisonniers

Jean Murard

résumé de la conférence donnée à Bar-sur-Seine le 1er juin 2001 

 

 

 

Les Trinitaires en Champagne méridionale

 

L’ordre des Trinitaires fut créé dans le contexte des Croisades, de la volonté de deux religieux, Félix de Valois et Jean de Matha, de venir en aide aux chrétiens, faits prisonniers par les musulmans, et aux pauvres. Cette volonté est née d’une apparition miraculeuse qu’eurent les deux religieux près de Château-Thierry : un cerf blanc ayant entre les cornes une croix rouge et bleue, croix qui servira d’emblème au nouvel ordre. Ayant proposé leur projet à l’évêque de Sully, celui-ci les renvoya auprès du pape Innocent III qui autorisa la fondation de l’ordre de la Très Sainte Trinité pour la Rédemption des Cap-tifs, en 1198.

 

L’organisation de l’ordre.

 

L’évêque Eudes de Sully et Absalon, abbé de Saint-Victor dotèrent l’ordre de sa première règle. Les Trinitaires étaient non pas des moines mais des chanoines, suivant la règle de saint Augustin. A la tête de l’ordre, qui ne relevait que du pape, dirigeait le Ministre ou Directeur Général, puis venaient les supérieurs provinciaux et les supérieurs locaux.

Leur premier établissement et maison mère se fit à Cerfroid, près de Château-Thierry, lieu où les deux fondateurs avaient aperçu le cerf miraculeux à la fontaine de la Trinité. Puis, sous la protection de Philippe-Auguste, l’ordre s’installa à Paris, en 1209, près d’une chapelle placée

sous le vocable de saint Mathurin, dont ils prirent leur second nom, les Mathurins. A son apogée, l’ordre a compté plus de 250 maisons ; à la veille de la Révolution, en 1768, on en comptait encore 93. Les Trinitaires étaient implantés en petites communautés. Leur mission était de quêter dans les régions où ils étaient installés afin de racheter les chrétiens tombés entre les mains des pirates Maures ou des musulmans, et de subvenir aux besoins et soins des pauvres.

 

En 1263, le pape troyen Urbain IV modifia ou précisa la règle. Pour entrer dans l’ordre, il fallait avoir vingt ans révolus, faire les vœux d’abnégation, d’obéissance, de désintéressement, de pauvreté et de chasteté. La vie des Frères devait être la plus modeste possible.

Les ressources, issues des quêtes, des dons ou des revenus des biens fonciers, devaient être divisées en trois parties : la première était destinée au rachat des captifs, la seconde servait au soulagement et aux soins des pauvres nécessiteux et la troisième était consacrée à l’entretien et à la nourriture des frères.

Ils portaient une soutane de laine blanche, rappelant la robe blanche du cerf, avec sur l’épaule une croix rouge et bleue, comme celle apparue entre les cornes du cerf. Les trois couleurs incarnaient la Trinité, d’où le nom donné à l’ordre : le blanc représentait le Père éternel, le bleu évoquait les meurtrissures du Christ et le rouge était la couleur du Saint Esprit (le feu). Les jours de froid, les Frères pouvaient porter une pelisse et des braies, qu’ils devaient cependant garder quand ils se couchaient ; ils portaient aussi la croix bleue et rouge sur leur cape à capuchon au niveau de la poitrine.

Les églises ou chapelles qu’ils construisaient devaient être simples et placées sous le vocable de la Sainte Trinité.

 

Les Trinitaires à Troyes

 

Les Trinitaires s’établirent à Troyes hors des fortifications en 1260, sous la protection de Thibaud V, quelques décennies après leur installation à Neuville sur Seine et Courteron. La communauté était constituée de sept Mathurins, implantés au faubourg de Preize, au nord de la ville, sur un emplacement occupé précédemment par les Cordeliers. Thibaud V les dota de quelques revenus.

Lors des guerres de Religion, plus précisément pendant la Ligue, en 1590, le couvent fut rasé sur ordre du comte de Saint-Pol, afin d’assurer la défense de Troyes. Les Mathurins s’installèrent alors dans l’Hôpital de la Trinité (l’Hôtel Mauroy) avec la charge d’instruire les enfants. Cependant les Frères s’accommodèrent mal de la vie intra muros et demandèrent à s’implanter en dehors des murailles, arguant l’air contagieux qui régnait dans cet hôtel. En 1594, ils obtinrent le droit d’occuper le prieuré Saint-Jacques, hors des murs de la ville, dans les faubourgs Saint-Jacques

à l’est de la ville, conservant la charge de l’instruction des enfants.

Ce prieuré, relevant auparavant de l’ordre de Cluny, connut de profondes transformations au XVIIIe siècle. En effet, en 1735, du fait de la vétusté des lieux, le prieur de La Manière demandait au général de l’ordre l’autorisation de reconstruire les bâtiments. Il faut attendre 1775, sous le prieur Mauche, pour que cette reconstruction devienne effective. L’architecte, Brongniart, oublia les règles de simplicité et de dépouillement pour l’édification des nouveaux bâtiments. Le nouveau prieuré fut achevé en 1783, mais les Frères ne purent en profiter que quelques années. En effet, confisqué à la Révolution comme bien national, il fut revendu en 1790. En 1795, il devint manufacture de toiles peintes à la mode des « indiennes ». Au début du XIXe, une filature de laine s’y était installée, vendue en 1824 pour se transformer en atelier de sparterie (fabrication de tapis, brosses...). En 1879, la propriété redevient une filature de laine pour laisser la place en 1884 à une chocolaterie. Les bâtiments sont définitivement détruits par des bombardements aériens en juin 1940.

 

Les Trinitaires dans le Barséquanais

 

Vers 1213, les Trinitaires s’implantèrent à Neuville sur Seine puis à Courteron, à la Gloire Dieu entre 1235 et 1240. Enfin, ils s’installent à Bar sur Seine en 1303.

A Bar sur Seine, leur histoire se confond avec celle de la Maison-Dieu ou Hôpital Saint-Jean-Baptiste fondé en juin 1210 par le comte Milon IV1. La Maison-Dieu était alors desservie par les religieux de Roncevaux. En 1303, ils sont remplacés par les Trinitaires. Ce remplacement, autorisé par Philippe le Bel, était en fait un échange. Les Trinitaires cédaient à l’ordre de Roncevaux des biens en Espagne. Les Trinitaires étaient secondés dans leur tâche par des religieuses. Au XIVe siècle, une seule salle était réservée aux malades, tant hommes que femmes. Au milieu du XVIe siècle, on y compte encore quatre religieux, mais les bâtiments son peu entretenus. Au XVIIe siècle les bâtiments étaient dans un état de délabrement avancé avant d’être détruit par un incendie en 1670. En 1698, la reconstruction de l’hôpital était achevée. Il semble qu’il y eut en permanence trois Mathurins qui l’occupèrent jusqu’à la Révolution. Les bâtiments furent saisis et vendus en 1791. En 1792, ils appartiennent à un tonnelier, puis à un docteur en médecine. La chapelle devint salpêtrerie.

 

Les fondateurs de Gloire Dieu auraient été les seigneurs de Gyé, en particulier Jean de Gyé. Le prieuré de la Gloire Dieu, comme celui de Bar sur Seine, dépendait de celui de Troyes. Le prieur de la Gloire Dieu était seigneur pour moitié de la paroisse de Courteron. Les chanoines n’y ont jamais été nombreux. Au nombre de quatre au XIVe siècle, on en compte trois au XVIIe et plus qu’un seul au XVIIIe. De ce prieuré il reste aujourd’hui quelques traces. Les plus anciennes seraient le pont qui franchit la Seine, daté de

1240. De ce même siècle daterait une porte à bâtière et les restes de la chapelle. Chaque siècle a laissé son témoignage : du XIVe une tour semi-encastrée avec sa bretèche, le pigeonnier est du XVIe, la maison du prieur date du XVIIe. Enfin d’autres constructions de la ferme pourraient être du XVIIIe. Saisi à la Révolution, le prieuré est vendu en 1791 à un marchand de Neuville.

 

Jean MURARD

1.  Cet établissement n’est pas à confondre avec un autre plus ancien, fondé en 1068, le prieuré de la Trinité, installé aux côtés de l’église paroissiale placée à cette époque sous le vocable de la Sainte Trinité et donnant ce nom au quartier. Ce prieuré était une dépendance de l’abbaye Saint-Michel de Tonnerre, de l’ordre de saint Benoît.

  

 

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