LA DATATION DES ÉTAPES DE CONSTRUCTION DE L’ÉGLISE

DE BAR SUR SEINE GRÂCE À SES VITRAUX.

Jacky PROVENCE

 

 

Lorsque l’on ne dispose d’aucune source sur la construction d’une église, les vitraux qui ornent ses baies peuvent être un recours non négligeable, permettant une approche relativement précise de la datation des différentes étapes.

 

Il en est ainsi pour l’exemple de l’église de Bar-sur-Seine. La tradition attribue la pose de la première pierre du nouvel édifice, en 1505, à Jacques de Dinteville, gouverneur et comte usufruitier de Bar. La datation relative des vitraux de l’église nous permet de retracer les étapes de sa construction. Il semblerait que l’on ait débuté la reconstruction par le bas côté nord de la nef, le plus ancien vitrail se situe dans la 2e chapelle la plus à l’Ouest, consacré à Saint-Barthélemy, mais la datation en est incertaine (baie 25, 1512 ou 1522 ?). Le bas-côté nord et la partie basse du transept nord sont achevés sans aucun doute avant 1528. Cette date se retrouve dans l’inscription de la verrière consacrée à saint Roch (baie 21), et offerte par Anthoine de l’Auxoirrois et sa femme Rose de la Ferté, et dans les verrières des fenêtres basses du transept Nord, consacrées à la vie de la Vierge et données par Nicole Milley, prêtre (baies 13, 15, 17 et 19).

 

A-t-on ensuite élevé, tout au moins en sa partie basse, la façade occidentale ? La fenêtre de cette façade donnant dans le bas-côté nord porte la date 1531 (la rose au-dessus du portail ne semble dater que de la fin du XVIe siècle). Dans le même temps, la construction se poursuivrait par le déambulatoire et ses chapelles. Du Nord à l’Est, les verrières portent des dates s’échelonnant de 1539 (verrière des prophéties liées à la Vierge, baie 11) à 1542 (verrières des Pères de l’Église et des Évangélistes, baie 1). Cependant, toutes les verrières basses côté sud (déambulatoire et transept) n’ont pas de date, mais le fait qu’elles soient réalisées principalement en grisaille, rehaussée de jaune d’argent, nous permet d’avancer qu’elles sont postérieures à 1540. Les verrières du bas-côté sud, par contre, composites et faites de remplois, sont difficilement datables, associant des morceaux de différentes époques. Dans l’une d’elles (baie 16), une inscription très fragmentaire indiquait la mention « VcLXXX » (correspondrait-elle à la date 1580 ?).

 

La partie haute du chœur aurait été l’étape suivante, une verrière de la Passion du Christ et de sa mise en croix porte la millésime de 1548 (baie 101), suivie de celle des transepts Nord et Sud. Il est difficile de dater la partie haute du transept Nord. Il aurait existé un vitrail, aujourd’hui disparu, portant la date de 1553 (saint Crépin et saint Crépinien, baie 109). Il subsiste deux verrières hautes du transept sud datées de 1557 (baies 110 et 112). Les verrières hautes de la nef n’ont pas de date, mais, un certain nombre d’entre elles est incontestablement de la fin du XVIe siècle ; en effet, la balustrade du triforium est ornée des initiales de Louis de Bourbon, prince des Dombes, comte usufruitier de la ville de 1561 à 1582, date de sa mort. Ainsi la partie de la nef a été édifiée sans doute entre ces deux dates.  D’autre part, les spécialistes attribuent la plupart de ces verrières au dernier tiers du XVIe siècle (2). La rose qui surmonte le portail, consacrée à la lapidation de saint Etienne, daterait aussi, de la fin du XVIe siècle.

 

Nous pouvons imaginer que la reconstruction de l’église, commencée par le bas-côté nord, a dû se réaliser en enveloppant un lieu de culte préservé de l’ancien édifice, supprimé dans les années 1540 ou 1550, lorsque le chœur fut terminé. L’église serait ensuite achevée par les parties hautes de la nef, en cette fin de XVIe siècle, peut-être avant 1582. C'est ce que peut nous suggérer la présence des initiales entrelacées « LDB » de Louis de Bourbon aux balustrades du triforium de la nef, exceptés le portail, réalisé en 1616, et le clocher, dont l’édification aurait été différée à cause des troubles de la seconde Ligue qui affectèrent particulièrement la ville (1585-1595). La reconstruction de l’édifice, comme la réalisation des verrières doit beaucoup aux généreux donateurs qui ont profité de l’opportunité pour se faire représenter, l’église de Bar sur Seine est particulièrement riche de ces mentions, qui sont aussi des éléments de datation relative ou, tout au moins, de confirmation, lorsque la mention de date manque, à condition de connaître quelque peu la biographie des personnages représentés.

 

1 Cet article est extrait d’une communication donnée lors de la Table Ronde « Les sources de l’Histoire de la Champagne », organisée le 13 octobre 2001 à l’Institut International des Vins de Champagne d’Ay par le Centre d’Études Champenoises et l’Université de Reims.

2 Pour plus de précisions, voir Les vitraux de Champagne-Ardenne, Corpus Vitrearum IV, Paris, CNRS, 1992, p.47-56. Cependant cet ouvrage n’est pas exempt d’erreurs, et rien ne vaut une vérification visuelle.

 

 

 

  

 

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