L’ ARCHITECTURE CHAMPENOISE

 

Franck MAILLARD

 

 

Au nord de notre département, les « Églises à pans de bois » attirent de nombreux touristes. Mais ces derniers savent-ils que notre patrimoine barséquanais recèle lui aussi de véritables joyaux architecturaux ? En effet, les vieilles maisons barséquanaises (du XVème au XIXème siècle), de la riche demeure bourgeoise à la maisonnette plus modeste, sont typiques de l’architecture champenoise.

 

Les matériaux utilisés sont en corrélation avec la géologie locale et avec les essences végétales disponibles. L’architecture dite « à pans de bois », que l’on rencontre aussi couramment en Normandie et en Alsace, se compose d’une charpente verticale ou colombage. Le colombage est formé de colombes, des poteaux de bois de remplissage, pouvant associer plusieurs essences locales, le plus souvent le chêne, mais aussi le peuplier (en particulier pour les bâtisses du XIXe siècle, espèce peu onéreuse). Entre les colombes, les bâtisseurs intercalent des hourdis à paillot (matériaux de remplissage) composés de deux éléments. Il s’agit des lattes de peupliers, traditionnellement encastrées à l’horizontale entre les colombes (le palesson ou palisson). Le tout était garni de torchis. C’est généralement un mélange de sable, d’argile et de paille avec, pour les plus riches, quelques crins de bovins ou de chevaux, le tout foulé au pied dans des sortes de demi-barriques. Pour certaines maisons, les moins vieilles, ce hourdis était composé de plâtre et de gravats.

 

 

Comme ce hourdis était vulnérable aux intempéries (pluie, grêle, vent en rafales…), les constructions sont faites en « porte à faux » ou en encorbellement. Ainsi l’eau qui ruisselle sur un mur ne peut pas ruisseler sur toute la façade. D’autre part, les parties supérieures protègent les parties inférieures. De même, les étales des commerçants qui étaient adossées aux murs s’en trouvaient ainsi protéger. L’encorbellement n’était donc pas, contrairement à ce qui a été souvent avancé, un moyen de réduire d’éventuelles taxes calculées sur la surface au sol bâtie. Une enseigne permettait de repérer les boutiques pour les voyageurs. Quelques-unes sont encore visibles dans la Grande Rue de la Résistance.

 

A partir du XIXème siècle, le torchis a été remplacé par des briques rouges (comme pour la « Maison Renaissance », Rue de la République) ou des pavés de carreaux de pierres (principalement en calcaire, imitant ainsi les maisons en pierres de taille), ou encore recouvert de crépis.

Le poteau médian marque l’axe de symétrie de la maison. Il est souvent sculpté et coupe les fenêtres en deux parties égales, formant ainsi leur meneau vertical.

 

Les décharges permettent de mieux répartir la charge entre la partie supérieure et la partie inférieure de la maison. Il existe deux types de décharges. La décharge oblique dite  écharpe ou compas serait, semble t-il, typique-ment champenoise et se rencontre surtout dans les étages supérieurs. La décharge dite en Croix-de-Saint-André est plus rare en Champagne et serait, semble t-il plutôt d’origine alsacienne. Elle se rencontrerait alors surtout au rez-de-chaussée et au 1er étage.

 

Les poutres, formant les fondations des 1ers étages, peuvent dépasser les murs et ainsi se retrouver à l’extérieur, dans la cour ou la rue. Leur extrémité sculptée est appelée lignot, terme typiquement champenois. Les pilastres, piliers apparents adossés à un mur ou engagés dans celui-ci, tout comme les aisseliers, pièces obliques, plus petites, servant de renfort et appelées brasseaux dans notre région, peuvent eux aussi être sculptés (blasons, statuettes, médaillons…). C’est le cas de la « Maison Renaissance », à l’angle de laquelle domine la statue de Saint Roch et son chien. Ce sont des coquilles Saint Jacques qui ornent la « Maison du XVIème siècle ». Les sablières équivalent à de longues poutres placées horizontalement dans la façade afin de servir d’assise à d’autres pièces de charpente.

 

Si la façade est typique, la partie supérieure des maison l’est encore plus. Les pignons champenois se constituent de 5 grandes parties. Le chevron arbalétrier est une pièce de bois qui supporte la toiture. L’entrait est une poutre horizontale qui soutient les chevrons arbalétriers. Le poinçon constitue la partie verticale où s’assemblent les arbalétriers ainsi que l’entrait. Ses extrémités dépassent de quelques dizaines de centimètres de part et d’autre et peuvent être ainsi sculptées (représentation d’une grappe de vigne, par exemple). La tradition veut que lorsqu’une maison est achevée, les compagnons (architectes) placent un petit bouquet attaché à la cheminée ou à la partie supérieure du poinçon. Les sous-arbalétriers (ou cercles) sont les parties courbes soutenant l’armature. Enfin les sous-arbalétriers et les chevrons arbalétriers reposent sur deux petites pièces de bois (une à gauche, une à droite) : les blochets.

 

Sur les arbalétriers, le toit est traditionnellement couvert de tuiles brunâtres avec une pente peu prononcée, formant ici et là des auvents (petit toit incliné au-dessus des portes). Autrefois, le toit était recouvert de chaume (petites bottes de tiges herbacées provenant du blé, de l’avoine et plus rarement de roseaux). Dessous, on trouve les combles, réputés pour leur belle charpente interne. La sablière de plancher est typique de la Champagne Humide. Elle marque l’emplacement des greniers.

 

La sablière de base repose sur un soubassement maçonné appelé solin ou bahut. Ce dernier est un socle en pierres (de quelques dizaines de centimètres) servant de fondation au rez-de-chaussée.

Enfin, signalons dans des cas très rares la présence d’arcades (ouverture en forme d’arc) pour quelques boutiques comme pour deux des allours (veilles maisons) de Chaource, à 20 Km de Bar Sur Seine.

 

 

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