Bar-Sur-Seine dans la tourmente des guerres de religion  

Jacky PROVENCE  

Conférence donnée à Bar-Sur-Seine le 26 novembre 1998  

 

 

Nous ne pouvions terminer l'année 1998 sans évoquer le quatrième centenaire de deux textes importants.  Le premier, le plus célèbre, est l'Édit de Nantes (avril 1598).  Il règle la paix intérieure et établit la tolérance d'une seconde religion dans le royaume.  Le second est le Traité de Vervins (mai 1598).  C'est un traité de paix avec l'Espagne qui avait soutenu les ligueurs et même était intervenue au cours des guerres de religion.  Ces deux traités mettent fin à plus de trente cinq ans de troubles religieux et de guerres intestines dans le royaume de France.

Ces guerres débutèrent en 1562.  Le calvinisme s'était diffusé en France au cours du second quart du XVIe siècle.  En 1559, le roi Henri II voulait entreprendre une campagne visant à détruire la nouvelle religion dans son royaume.  Sa mort accidentelle, en juillet, mit en suspend son projet.  Catherine de Médicis, régente de l'éphémère François II, puis de Charles IX, chercha à jouer un rôle d'arbitre entre deux partis opposés, catholiques et réformés.  Mais les massacres de Wassy, en mars 1562, suivis de nombreux autres dans le royaume, poussent la monarchie à prendre la tête du parti catholique.

Huit guerres de religions vont se succéder.  A la suite des trois premières (mars 1562/mars 1563, septembre 1567/mars 1568, septembre 1568/août 1570) les réformés prennent plutôt l'avantage.  Cependant la saint Barthélemy (24 août 1562) décime les chefs protestants et provoque la quatrième guerre de religion (août 1572/juillet 1573).  Après la mort de Charles IX et l'avènement de Henri III (30 mai 1574), le parti catholique se divise et naît le parti des catholiques zélés, la Ligue.  La lutte ne devient plus seulement religieuse mais aussi politique, dans laquelle s'affrontent différents clans.  Trois nouvelles guerres se succèdent (novembre 1574/mai 1576, août 1576/septembre 1577, novembre 1579/novembre 1580).  La mort du duc d'Anjou (juin 1584) change radicalement la situation politique du royaume.  Henri III n'a pas d'enfants ni de successeur direct.  Selon la loi salique, l'héritier le plus immédiat est le réformé Henri de Bourbon, roi de Navarre, auquel s'opposent nombre de catholiques.  Les chefs catholiques zélés, avec à leur tête les Guises, fondent la seconde Ligue en 1585, liée à la politique espagnole.  Commence alors la Huitième et dernière guerre de religion (juillet 1585/juin 1598).

 

SOURCES ET BIBLIOGRAPHIE.

 

Deux sources essentielles nous permettent de connaître les événements qui se déroulèrent à Bar-Sur-Seine pendant les Guerres de Religion.  La première marque le début de ces guerres dans le royaume et à Bar-Sur-Seine.  Il s'agit d'un passage des mémoires de Nicolas Pithou concernant des affrontements entre huguenots et catholiques en 1562 et 1563.  Le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque Nationale, dans la collection Dupuy, sous le nom de Histoire ecclésiastique de la ville de Troyes capitalle du conté et du pays de Champagne.  Lucien Coutant en a publié des extraits dans Histoire de la ville et de l'ancien comté de Bar-Sur-Seine [1] .  La publication intégrale des chroniques de Nicolas Pithou, par Pierre-Eugène Leroy, est en cours  [2] .

La seconde source couvre une période plus longue, 1582-1595, c'est à la dire la seconde ligue et la fin des guerres de religion, tout au moins dans la région.  Il s'agit des mémoires de Jacques Carorguy, greffier au bailliage de Bar-Sur-Seine.  Le manuscrit original est conservé à la Bibliothèque Municipale de Troyes sous le titre Le Receul de m (nom effacé) greffier à Bar sur Seine, des choses les plus mémorables advenues en ce royaulme depuis l'an Vc quatre vingt deulx jusques en l'année Vc quatre vingt quinze (ms 2126) [3] .

 

Lucien Coutant nous livre encore quelques extraits de textes concernant des événements à Bar-Sur-Seine, toujours dans le second tome de l'ouvrage précédemment cité.

Le premier est un règlement de police en vingt-six articles [4] , extrait d'un registre pour  les années 1587-1588 qui appartenait pendant la seconde moitié du XIXe siècle à un certain Pascalis, pharmacien à Bar-Sur-Seine.  Dans 1’ Almanach-Annuaire de l'Arrondissement de Bar-Sur-Seine pour l'année 1901 [5] A.Garnier reproduit ce règlement estimant que Lucien Coutant n'a pas respecté le texte, déformant certains noms et livrant des informations incomplètes.  A. Garnier donne aussi une synthèse du reste de ce registre de police qui comporterait aussi un rôle de tous les chefs de feu tant riches que pauvres.  Malheureusement, ce registre “Pascalis ” semble avoir disparu.

Le second est un ensemble de lettres de soumission des habitants de Bar-Sur-Seine au roi Henri IV.  Coutant ne retranscrit pas l'intégralité de ces lettres ou plutôt il fusionne en un texte deux lettres différentes, déformant la portée de chacune des deux lettres. La première fut semble-t-il portée au roi alors que le seigneur de Grammont, gouverneur de la ville, y est mentionné encore en vie.  Cette lettre fut examinée en Conseil d’état et envoyée au roi le 4 septembre 1594. La seconde, plus tardive, est envoyée entre le 16 octobre, date du décès de Grammont, et le 27 octobre 1594, jour de la réponse du roi par des lettres patentes. La totalité de ces lettres avait déjà été publiée par M. Rouget en pièces annexes de son ouvrage Recherches historiques, générales et particulières, sur la ville et comté de Bar-Sur-Seine. Ces lettres semblent correspondre à celles qui furent inventoriées par M. Darbois de Jubainville aux Archives Municipales de Bar-Sur-Seine sous la cote AA 1 “Lettres patentes d'Henri IV ” en réponse aux remontrances des habitants de Bar-Sur-Seine revenus à son obéissance.

Lucien Coutant évoque encore quelques lettres conservées aux Archives Municipales de Dijon ou aux Archives Départementales de la Côte d'Or, mais reste peu précis dans ses références.  Il a aussi a beaucoup puisé dans le manuscrit du Père Jacques Vignier, pour son ouvrage Décade historique de Langres, archidiaconé de Bar-Sur-Seine [6] . Ce manuscrit, que l'on peut approximativement dater de 1655, n'évoque en fait que très peu de choses concernant l'époque des guerres de religions. Le Père Vignier a cependant pu consulter des manuscrits qui ont aujourd'hui disparu, en particulier un certain manuscrit appelé “recherches sur l'histoire de Bar-Sur-Seine ” de Jean II de Lausserois, procureur au bailliage de Bar-Sur-Seine entre 1582 et 1615.

 

Deux auteurs ont donc publié une histoire de Bar-Sur-Seine.

Le premier, Rouget avoue que ses sources furent limitées : Quelques notes historiques sur la ville et comté de Bar-Sur-Seine, m'étant tombées par hasard entre les mains, j'ai cru bon qu'elles étoient assez intéressantes pour en former un corps d'ouvrage. ( ... ) mais sans aucun secours que celui que j'ai puisé dans mon propre fonds [7] Rouget n'est pas originaire de la ville ni de la région mais est le maire de Bar-Sur-Seine.  Aussi son propre fonds semble être logiquement constitué des archives municipales.

Le second, Lucien Coutant, avait tout d'abord publié un article dans l’Almanach de Bar-Sur-Seine de 1852, intitulé Une nuit de noces [8] . Dans ces quelques pages, l'auteur relatait la prise du château par Charles de Praslin dans la nuit du 30 avril 1591.  En fait, à partir des quelques lignes inexactes du Rouget, Coutant réinvente l'événement.  Nous aurons l'occasion d'y revenir plus loin.  Les travaux de Coutant sont contemporains de Dumas et de Viollet-Le-Duc. C’est l'âge d'or du romantisme en France.  Aussi ne faut-il pas rechercher la précision historique mais davantage une reconstitution romanesque à partir d'éléments historiques.  C'est sans doute avec le même esprit qu'il faut lire les passages concernant cette époque dans son histoire de Bar-Sur-Seine [9] . Les deux tomes reviennent sur ces événements.  Le premier fait un récit chronologique de l'histoire de Bar-Sur-Seine.  Le second reprend plus en détail certains faits appuyés d'extraits de documents retranscrits et passe ensuite en revue les monuments et les anciennes institutions.  Cependant, entre les deux tomes ou les différentes parties de cette histoire, des récits apparaissent contradictoires.  Coutant n'a pas consulté le manuscrit de Jacques Carorguy.  En 1853, ce manuscrit était encore en la possession de la veuve Fleury, orfèvre à Bar-Sur-Seine.  L'année suivante elle le vend à la Bibliothèque Municipale de Troyes.  En fait, Coutant savait que la veuve Fleury avait en sa possession un manuscrit, mais il n'imaginait pas qu'il était inédit et dut supposer qu'il s'agissait des fameuses “recherches sur l'histoire de Bar ” de Jean II de Lausserois.  Or le contenu de ce manuscrit a été largement utilisé par Nicolas Vignier et Coutant a puisé dans le manuscrit de Vignier.  Aussi n'estime sans doute pas nécessaire de consulter le manuscrit de la Veuve Fleury.  Ainsi Coutant a négligé une source essentielle pour la connaissance des guerres de la Ligue, qui lui aurait permis d'éviter les supercheries. 

 

Jacques Carorguy était le greffier au bailliage de Bar-Sur-Seine, institution judiciaire royale chargée des causes concernant les tailles et impôts et des appels des procès jugés à la prévôté.  Il décrit les événements qui se déroulèrent à Bar-Sur-Seine et dans le royaume entre 1582 et 1595.  Bon catholique, il prend le parti du roi de Navarre encore hérétique au nom de la légitimité de ce dernier.  Il est un représentent des politiques, le troisième parti qui s'est formé entre les Ligueurs et les Réformés.  Jacques Carorguy a sans doute commencé la rédaction ses mémoires en juillet 1593, plus précisément lorsque Henri IV se convertit.  Plusieurs indices dans le manuscrit nous permet d'émettre cette hypothèse.  Il recompose l'Histoire, cherche à donner un sens aux événements et à expliquer cette guerre.  Il révèle un courant de pensée et des mentalités particulières qui permettent de mieux comprendre les événements et le contexte des Guerres de Religion.

 

UN CONTEXTE ESCHATOLOGIQUE [10] .

 

Les Guerres de religion s'inscrivent dans un contexte mental très particulier.  Malgré la prospérité revenue dans le royaume après les désastres de la Guerre de Cent Ans, la première moitié du XVIe siècle, et surtout à partir des années 1520, a vu se développer une angoisse eschatologique, une vision du monde qui s'enfonce dans le Temps des Malheurs et de l'avènement de la Fin des Temps.  Les astrologues ont prophétisé la venue prochaine de l'Apocalypse, tandis que l'hérésie de la religion réformée se développait.

Ce courant de pensée a touché notre région.  Nicolas Pithou s'en fait l'écho dans ses mémoires : Or les astrologues, faiseurs d'Ephemeres et présages avoient publié par leurs livres que en cest année mil cinq cent vingt quatre, en laquelle fut la conjonction grande de Saturne, Jupiter, Mars, au signe des poissons, il y auroit de grands déluges et innundations d'eau (... ). Bref avoient predict le deluge universel, ce qui causa partout un tel effroy que tout le monde tremblait de peur.  Dans de nombreuses églises de Champagne méridionale, des vitraux développent les thèmes de l'Apocalypse et du Jugement Dernier [11] .

A partir des années 1550, parmi ces astrologues se distinguait le très célèbre Michel de Nostre-Dame dit Nostradamus.  Dans le même temps différentes formes de processions se sont développées dans la région de Troyes.  En 1552, des processions de pauvres sont organisées.  En 1554, les catholiques font des processions expiatoires à la suite de destructions d'images pieuses.  En 1555, les mêmes se reproduisent, la foule des catholiques menace les réformés mais elle est contenue.  Enfin en 1556, la grande sécheresse de printemps provoque de grands pèlerinages depuis les villages de cinq à six lieues à la ronde de Troyes.  Pour Nicolas Pithou cette pratique est nouvelle, il l'appelle procession blanche.  En effet, tous les enfants capables de supporter le chemin marchaient deux à deux, nus pieds et vêtus d'un linceul blanc.  Ils chantaient les litanies des saints.  Les processions arrivaient à la cathédrale et faisaient des offrandes devant les chasses de sainte Hélène et sainte Mathie.  Certains hommes jouaient la passion de Jésus Christ.  Ces processions blanches se poursuivent jusqu'en 1557.  Ce sont de véritables rituels prophétiques et de pénitence eschatologique.  L'utilisation du linceul blanc n'est pas sans rappeler l'Apocalypse de Jean : .. Les armées du ciel le suivaient sur des chevaux blancs, vêtue d'un lin blanc et pur (19.14). Cette attente eschatologique se fortifie de miracles qui se jouent à Troyes, autour de la Belle Croix.  A la fin de 1561, cette dernière change de couleur et de grosses goûtes suintent aux piliers.  Des malades guérissent et de nouvelles processions s'organisent.  On se confesse publiquement devant la croix.  Des processions se terminent en violences commises contre des prétendus réformés sceptiques.  Les catholiques veulent comme se purifier avant la venue de la Fin des Temps.  Les violences atteignent leur paroxysme l'année suivante.

 

LE DEBUT DES GUERRES DE RELIGION ET LA SAINT-BARTHELEMY BARSEQUANAISE.

 

Le ler mars 1562, Wassy connaît le massacre de ses huguenots, suivit de près par ceux de Sens.  C'est le début des Guerres de Religion.  Les huguenots réagissent et s'emparent de villes, dont Troyes.  De plus en plus menacés par les catholiques, ils quittent cette dernière et trouvent refuge à Bar-Sur-Seine.  Les nobles catholiques de la région regroupent leurs forces et, aidés des soldats et de l’artillerie de Troyes, prennent Bar-Sur-Seine le 24 août 1562.

Coutant se détache de sa source essentielle, Nicolas Pithou, dont il reproduit pourtant les passages, avec cependant la censure des violences sexuelles.  Il fait intervenir le fils du procureur du roi à Bar-Sur-Seine, Rallet [12] . Il a à peine dix huit ans et serait à la tête des troupes réformées ; il aurait été choisi à l'unanimité.  Il contredit Nicolas Pithou qui place un certain Jean le Semonneux puis le capitaine Freniz dit l'Horrible à la tête de ces troupes.  Coutant conte encore la prise et l'emprisonnement du jeune Rallet, condamné à mort par son propre père.  Il a même été capable de restituer le tragique dialogue entre le père et le fils qui n'est en fait qu'imagination de la part de l'auteur. Une autre version encore plus romanesque a été publiée par un auteur anonyme (X) dans l'Almanach-Annuaire de Bar-Sur-Seine de 1873 [13] .  Coutant et ce "X" semblent cependant ignorer que le bailli Jean de Lausserois qui aurait prêté la main au père Rallet pour l'arrestation et la condamnation du fils était de religion réformée.  Comment aurait-il pu exiger du jeune Rallet son abjuration et le condamner à la pendaison parce qu'il refusait ?  Ce passage est d'ailleurs très désordonné et ne respecte pas la chronologie des faits.

Le récit que nous laisse Vignier est court : Le château et la ville de Bar Sur Seine occupez par les Huguenots bien tôt fut reprise de force par messire Georges de Créquy, sr de Riceys, à l'aide des canons et des forces de Troyes (Voir en annexe).  A laquelle prise furent tuées plus de trois [cent] personnes des habitants de sorte que le sang ruisseloit [14] .  Il résume cependant bien les événements de cette journée de saint-Barthélemy de 1562 [15] plus amplement développés chez Nicolas Pithou [16] . Ce dernier voit en l'échec des huguenots une mésentente entre Jean le Semonneux qui a pris position dans le château avec ses fidèles et le capitaine Freniz qui occupe la ville.  Lors de l'attaque par les catholiques, le capitaine Freniz préfère fuir avec la cavalerie, laissant sur place les hommes de pieds.  La prise de la ville et du château se révélera facile.  Le Semonneux sera pendu.  Les catholiques commettent alors les pires crimes et atrocités, égorgent les jeunes enfants. Ils effuctuent même des actes de cannibalisme : certains dévorent collectivement le cœur d'un huguenot. Deux passages sont censurés par Coutant :

... et les avoir tirez de leur logis, leur couspèrent la gorge.  Ce faict, ilz exposèrent les corps du mari et de sa femme, tous nuds, en pleine rue sur le pavé, rengez l'un sur l'autre ascavoir celuy de la femme dessous celuy du mari.  Et les ayant laissez un long temps en tel spectacle au peuple, ilz mirent le corps de la femme en quatre quartiers, qu'ilz arrangement en forme de croix à l'entour du corps mort du mari.  Puys de là à quelques heures, ilz jetterent le tout dedans la rivière [17] (...).  Car ilz estendoient ceux des femmes tous nuds et à descouvert sur pavé, et entre-ouvrant leurs jambes, monstroient avec un baston leurs parties honteuses, disans aux passans, voyez, par la mort, voilà où ilz ont faict la charité [18] . Ces cruautés ne sont pas gratuites.  Elles sont réalisées devant les passants et les corps sont exposés au public.  Elles évoquent les châtiments réservés aux huguenots en enfer, ceux que l'on peut retrouver illustrés dans le Grant Kalendrier et compost des bergiers ; l'un de ces châtiments consiste à plonger le corps des damnés dans une rivière infernale.  On ne peut qu'être frappé par la similitude du récit de Pithou et la gravure de Perrisin Le massacre fait à Sens en Bourgogne par la populace au mois d'Avril, 1562.... La dégradation de la dignité des hommes et celle de leur corps n'est qu'une annonce de celle qu'ils auront à subir de façon perpétuelle.  Les représentations des vitraux, des almanachs et prédictions devenaient réalité.

La prise de Bar-Sur-Seine par les catholiques s'est accompagnée d'un véritable massacre des réformés.  Selon les sources, on compterait entre 160 et 1200 tués.

 

Dans les textes de Pithou et Vignier il n'est pas question du jeune Rallet pour cette journée de saint-Barthélemy 1562.  Pithou l'évoque seulement lors des événements du 26 janvier 1563 : Quelques uns de ceux de la religion, qui estoient en garnison en la ville d'Autrain, estants seulement en nombre de quarente ou cinquante chevaux surprindrent à la diane la ville de Bar-Sur-Seine.  Où entrez, se saisirent de la personne de Ralet, procureur du roy en icelle, homme fort aagé, et l'avoir pendu à l'une des chalettes de sa maison, le tuèrent d’un coup de pistolle.  Et ce, (comme ilz disoient) au contant de ce qu'il avoit été cause de la mort de son filz qui estoit de la religion l'ayant contre toute humanité, et le debvoir paternel, livré aux catholiques, à la première reprinse dudict Bar-Sur-Seine.  Quelques autres aussy qui estoient remarquez pour les cruautés qu'ilz avoient allors exercés en ce lieu, furent tuez à ceste surprinse.  Ayant ceste troupe séjourné quelques jours en la dicte ville la quittèrent et se retirèrent avec un bon nombre de charrettes chargées d'un fort grand butin. Nous sommes loin du récit romanesque de Coutant ou de “x ”.

Jean de Lausserois, bailli de Bar-Sur-Seine eut à souffrir des exactions des catholiques [19] au cours de la Saint-Barthélemy barséquanaise.  Voici ce que rapporte VIGNIER : La maison de noble homme me Jehan de l'Aussorois, bailly de Bar Sur Seine, ayant esté pillée et démolie, sa nièce et sa fille aisnée prises et emmenées prisonnières [20] . Le bailli trouve refuge à Orléans auprès du prince de Condé, n'osant rentrer à Bar-Sur-Seine.

 

Après les événements de 1562 et 1563, les sources sont plus rares et nous ne pouvons reconstituer que quelques brides de l'Histoire.  Bar-Sur-Seine ne semble pas avoir subit les troubles de la saint-Barthélemy qui toucha le royaume en août 1572.  Mais le bailli Jean de Lausserois est tué à Paris lors de ce grand massacre de réformés.

D'après Vignier, le 20 mai 1576, Monsieur François, duc d'Alençon, frère du roi vient loger à Bar-Sur-Seine accompagné du prince de Condé et des seigneurs de La Val, de la Noé, de Bussy, d'Amboise, de Pompadour, et où ils séjourneront huit jours :  Leurs armées estant aux environs et spécialement Casimir avec les estrangers qui apportèrent beaucoup de ruines à la ville et au plat pays [21] .

En 1577, Bar-Sur-Seine voit le passage de l'ambassadeur vénitien Jérôme Lippomano.  A cette époque, Courteron, Gyé Sur Seine et Neuville sont fermées de murs.  La région vit dans la terreur de bandes de pillards qui rodent dans les environs.  A l'approche des voyageurs, une soixantaine de personnes, les villages ferment leurs portes et les habitants montent aux murailles, armés d'arquebuses.  Nous avions mis l'épée hors du fourreau et les arquebusiers suaient à grosses gouttes [22] . Les voyageurs sont soulagés d'arriver à Bar-Sur-Seine. Ils y restent deux jours avant de repartir tout aussi peu rassurés pour Troyes.

Entre 1574 et 1590 des notables protestants de Bar-Sur-Seine s'exilent fuyant les persécutions.  C'est le cas du poète Pierre POUPO qui trouve refuge à Genève [23] ou de Nicolas VIGNIER, qui prend la route de l'Allemagne.  Ce dernier revint en France et devint le médecin puis l'historiographe du roi Henri III.

 

LE RECUEIL DE JACQUES CARORGUY

 

Il faut ensuite attendre les Mémoires de Jacques Carorguy pour reprendre le cours des guerres de religion à Bar-Sur-Seine.  L'auteur recompose l'histoire et cherche à lui donner un sens.  La rédaction dût se faire à partir de juillet 1593 et non 1582, date à laquelle il fait commencer ses mémoires.  Sans doute avait-il rédigé quelques notes qui lui ont permis de relater de façon précise les événements lorsqu'il entreprend son recueil.  Plusieurs indices nous permettent d'avancer ce fait.  Tout d'abord le manuscrit est rédigé sur de petits cahiers reliés dont les premières et les dernières pages sont occupées par des comptes datant précisément de juillet 1593.  D'autre part, comme le relève d'ailleurs BRUWAERT dans son édition de 1880, le récit comporte deux phases.  La première est rédigée avec soin, avec un certain recul par rapport aux événements recherchant une certaine logique dans leur déroulement, quitte à commettre quelques anachronismes.  Il utilise fréquemment l'expression depuis lors, démontrant qu'il connaît le dénouement de certains faits, parfois bien postérieurs à la date qu'il est censé évoquer.  La seconde phase, qui commence en juillet 1593 est d'un style plus décousu.  Les événements se coupent, laissant supposer que la rédaction est plus immédiate et spontanée.  Les ce jourd'huy ont remplacé les depuis lors.  Les biffures sont plus nombreuses et le récit est plus soumis aux rumeurs qui peuvent se démentir par la suite.

Pourquoi cette date de juillet 1593 ?

Le 25 juillet 1593, Henri IV s'est converti au catholicisme.  Tout obstacle est levé pour que sa reconnaissance se fasse par ceux qui refusaient jusqu'alors d'être les sujets d'un roi hérétique.  Jacques Carorguy pense alors que la fin des troubles est proche et entreprend donc de rédiger son recueil.  Sûr de son bon droit, il cherche à analyser les événements et à leur donner du sens.  Il veut absolument trouver l'origine de cette grande fracture.  Son récit empreinte parfois une certaine vision eschatologique.  L'intervention divine sert à démontrer que la Ligue s'était engagée dans la voie de l'erreur, refusant de reconnaître le seul roi légitime, Henri IV, pourtant réformé.

Carorguy cherche alors les premiers signes probants.  Ses mémoires commencent en 1582.  Le 6 novembre, Grégoire XIII retranche dix jours de l'année dans le but de réajuster le calendrier religieux.  Le greffier de Bar-Sur-Seine y voit un sinistre présage.  Dans l'entendement humain, pouvait-on ainsi faire disparaître du temps sans conséquences graves ?

Jacques Carorguy, comme ses contemporains, cherche à analyser les signes du ciel.  En mai 1583, la région, comme le royaume, est frappée d'une terrible sécheresse qui déclenche de nouveaux cycles de processions blanches en particulier dans les bastions ligueurs : Picardie, région de Reims et de Dijon.  Celles du Barséquanais débutent le 1er juin, elles partent des Riceys.  Contrairement aux processions du Nord du royaume, celles-ci semblent plus spontanées, sans encadrement de membres du clergé.  Les petits enfants sont en tête du cortège, nus pieds et vêtus de linceuls blancs.  Ils sont bien accueillis à Bar-Sur-Seine.  Dans les rues, les habitants ont dressé des tables et offrent pain et vin.

A l'avant de la procession de Courteron, un jeune homme déguisé en ange de l'Apocalypse annonce : Voilà la guerre, la famine et la peste [24] . Cette procession termine mal et dégénère aux yeux de Carorguy, rejoignant en ceci la vision de Pithou pour celles de 1556 à Troyes.  Les jeunes semblent avoir abusé du vin : (...) Je dirais franchement que ces filles blanches, la plupart chambrières, s'enyevroient au lieux où elles en trouvaient, et signamment sur le soir, que, par après la nuict, se faisaient embrasser et se mectoient parmi les blédz pour exercer paillardises et toutes sortes de dissolution [25] .  Dieu se fâche une première fois et fait tomber une violente pluie.

En tête de la procession de Loches marche un pauvre homme qui semblait ressembler au Christ.  Tout au long du chemin, les habitants de Loches fouettent l'homme, lui crachent au visage, comme dût le subir Jésus Christ lors de sa Passion.  Par ces choses il est à croire que Dieu s'en est courroucé, nous ayant depuis envoyé les trois fléaux de son ire et dont il a accoustumé de chastier le peuple rebelle à ses loix et ordonnances, à scavoir : la guerre, la peste et la famine [26] .  Jacques Carorguy interprète les événements non comme une annonce de la Fin des Temps, comme beaucoup de ses contemporains ont du le ressentir, mais au contraire comme une punition divine contre les excès et abus des catholiques.

Jacques Carorguy présente alors l'arrivée des trois fléaux, commençant par celui de la guerre.

 

LES DEBUTS DE LA LIGUE.

 

Avec la mort du duc d'Alençon, le 10 juin 1584, Henri III n'a plus d'héritier direct et le successeur légitime devient l'hérétique Henri de Navarre.  Les grands du royaume se liguent derrière les Guise.  La nuit même de la signature du traité de la Ligue, le 5 décembre 1584, les éléments se déchaînent : Car les ventz furent si furieux qu'il est à croire que parmy eulx tous les diables estoient hors d'enfert [27] .  Les vents sont si terribles qu'ils font tomber des toitures et même des clochers d'églises.  Ainsi cette Ligue ne serait-elle donc pas d'inspiration diabolique ?

Henri III, malgré les dévotions et démarches pieuses ne parvint à avoir un enfant. 

La Ligue est ici l'expression d'une angoisse bien réelle.  Beaucoup ne pouvaient concevoir d'être sujets d'un roi hérétique. Plus encore, il existait une peur réelle que le roi de Navarre, au nom du principe “tel prince, telle religion ” n'en vienne à imposer à tous la religion réformée à l'ensemble du royaume lorsqu'il deviendrait roi de France.  Cette angoisse est exploitée par de nombreux ambitieux qui voient en la crise un moyen d'acquérir puissance et richesse.  D'autre part, par le Sacre et le serment du Sacre, il ne pouvait y avoir qu'un roi catholique, devant se consacrer entre autres à extirper toute hérésie du royaume.

Le parti des politiques ou royaux est animé d'une autre vision, à laquelle adhère Jacques Carorguy.  Henri de Navarre est le seul successeur légitime.  Dieu a voulu ce mode de succession et par conséquent le fait qu'il soit de la Religion Réformée ne constitue en aucune façon un empêchement. Aussi, tant que le peuple ne voudrait pas reconnaître la légitimité de Henri de Navarre, les fléaux de Dieu continueraient de s'abattre sur le royaume.

En 1586, la peste frappe la région.  Jacques Carorguy compte deux cent victimes de la maladie à Bar-Sur-Seine.  Beaucoup de notables s'absentent de la ville dont Jacques Carorguy lui-même, qui trouve refuge à la commanderie d’Avaleur.  Les effets de la peste sont classiques.  Les enfants sont les plus touchés. La peste disparaît avec les premiers froids de l'hiver.

L'année suivante, la famine frappe la région.  Il s'agit d'une soudure difficile entre Pâques et les moissons, courante à cette époque, mais aggravée par les effets de la peste de l'année précédente.  Les champs ont du être abandonnés par les paysans morts ou partis.  Le prix du blé est multiplié par six.  Aussi un règlement de police est mis en place le 7 février 1587. Il organise l'assistance aux plus pauvres.  Deux listes sont rédigées.  D'une part les habitants les plus aisés, au nombre de 301, doivent payer une taille chaque dimanche au sortir de la messe.  La taille est ensuite redistribuée aux 55 plus nécessiteux de la ville. Le règlement contrôle sévèrement l'approvisionnement de la ville, tout en prenant des mesures préventives contre une reprise de la peste [28] .  Pendant deux ans, ce règlement semble bien respecté contrairement à ce qu’affirme Coutant [29] . Ce dernier voit d'autre part des mesures à l'encontre des Ligueurs, qui ne sont en fait que des mesures courantes en de telles circonstances, comme l'expulsion des vagabonds et mendiants étrangers à la ville.

Cette année 1587 vit arriver du troisième fléau.  Le 3 octobre, le duc de Guise passe en cette ville, accompagné de 10.000 hommes, selon Carorguy, dans le but d'arrêter de duc de Bouillon à la tête de 33.000 reîtres devant rallier Henri de Navarre.  Le duc de Guise aurait conseillé aux habitants de la ville de rester neutres.

Finalement la guerre éclate, provoquées par l'assassinat du duc et du cardinal de Guise à Blois par des hommes de main de Henri III en septembre 1588.  Les villes se divisent entre adhésion à la Ligue ou fidélité au roi.  Dans les villages et même jusqu'au sein des familles, la division éclate.

 

Une carte de Bar-Sur-Seine et de ses environs peut nous permettre de mieux comprendre les enjeux des affrontements qui se sont déroulés entre 1589 et 1595 dans la région.  Bar-Sur-Seine prend le parti de la Ligue dès 1589.  Elle se trouve sur un axe de circulation dont les villes sont contrôlées par ce parti, au Nord Troyes et au Sud Châtillons et au-delà Dijon.  Cependant Bar-Sur-Seine est environnée des villages majoritairement tenus par des seigneurs du parti royal, en particulier par des membres de la noblesse seconde, noblesse puissante sur laquelle s’est appuyé Henri IV pour restaurer son autorité et pacifier la province [30] . Dans les environs immédiats de Bar-Sur-Seine se distinguent, entre autres des terres du maréchal d’Amont, au Nord-Ouest (Chappes, Villemoyenne et Saint Parres-Les-Vaudes en partie), de Charles de Choiseul-Praslin au Sud-Ouest (Praslin, Chaource, Villiers-sous-Parslin et Lantages en partie) et surtout de la famille de Dinteville qui semble encercler la ville.  Nous pouvons encore distinguer César de Balzac, au Sud, seigneur de Gyé-Sur-Seine, Neuville et Courteron ou encore Henri Monsieur Vallois-Saint-Rémy, Bâtard de Henri II, seigneur de Fontette.  Les seigneurs ligueurs sont peu ardents, voire même plutôt des rieurs, c’est à dire neutres, profitant d’une occasion pour tenter un coup de main. Ces rieurs ont une emprise foncière moins importante : au Nord Chauffour, Les Bailly, Marolles et Bidan et au sud-est Loches, tenus par Claude de Lenoncourt,  Ville-Sur-Arce appartient à Joachim de Chastenay, Vitry-Le-Croisé et Chacenay en partie sont des seigneuries de Jean de Lantages.  Ainsi les villages deviennent les victimes des rivalités de leur seigneur.

Les villageois peuvent même prendre une part active dans le conflit.  Ainsi, en 1589, lorsque la Ligue se forme et divise le royaume, Jacques Carorguy nous informe de la prise de position de certains villages, suivant sans doute, le parti pris par leur seigneur.  Ainsi les habitants de Buxières, relevant de l'abbaye de Mores tenue par un partisan du roi, et ceux de Ville-Sur-Arce, s’affrontent dans un champ les dimanches et jours de fête, certains montés à cheval, armés de fourches de fer. Les combats font plusieurs morts et blessés.

 

Bar-Sur-Seine serait bien restée neutre, mais la rivalité de deux familles et de leur clientèle, celle du Président Marthin, ligueur, contre celle du Receveur Bury, royal, divise la ville.  En janvier 1589, la famille du Président Marthin est la plus forte.  Bar-Sur-Seine se déclare pour les Guise.  Les campagnes environnantes subissent alors la dure loi de la guerre ; pillages, viols, rançons et incendies deviennent l'ordinaire des villageois.  Les capitaines laissent leurs soldats se payer sur le plat pays, de peur qu'ils ne quittent leur parti pour adopter celui de l'ennemi.  Quelques notables royaux s’exilent alors Bar-Sur-Seine pour trouver refuge aux Riceys, en particulier le chef du clan des politiques, le Receveur Bury.

 

LES PREMIERES ENTREPRISES CONTRE BAR-SUR-SEINE (1589-1591)

 

Le 27 juin 1590 les Barséquanais voient sous leurs murs un premier affrontement entre les ligueurs et les royaux.  Une armée royale conduite par les seigneurs de Luxembourg (François de Luxembourg, duc de Piney et son frère, comte de Brienne) et de Dinteville est annoncée dans la région.  Des Ligueurs, conduits par le baron de Sirey, demandent à se réfugier dans la ville.  Sur le refus des habitants, ils se barricadent aux portes ou dans les moulins sur la Seine.  Les royaux défont les ligueurs bien qu'ils aient à supporter le feu des habitants de Bar.  La bataille dure jusque la nuit [31] . Jacques Carorguy compte 18 à 20 morts et plusieurs blessés.  Le lendemain, les royaux somment la ville de s'ouvrir à eux.  Joachim de Dinteville intervient et contre des provisions de blé et d'avoine les royaux laissent la ville sauve. Les royaux passent leur chemin pour se rendre aux Riceys.  Quelques notables royaux, dont Jacques Carorguy, se sentant peu en sécurité, s'exilent à Polisy, seigneurie de Dinteville.  Bar-Sur-Seine ligueuse doit subir les courses des hommes d'armes de Choiseul-Praslin en garnison à Chaource.  Ils emmènent les chevaux attelés aux charrues, pillent et désorganisent la circulation des marchandises entre Troyes et Bar-Sur-Seine.

 

Lucien Coutant place une entreprise royale le 18 septembre 1589, sous le commandement du maréchal d'Aumont [32] . Mais ce récit semble être un amalgame de différents éléments tirés d'événements postérieurs.

 

Le 8 janvier 1590, le Légat pontifical, le cardinal Henri Cajetan, envoyé par Sixte V pour excommunier le roi, passe par Bar-Sur-Seine.  Il est accompagné du comte de Saint-Paul avec trois mille reîtres et lansquenets.  Les prêtres de la ville sortent en procession, avec leurs chapes, la croix et l'eau bénite.  Au passage du cortège, les femmes et filles se prosternent à genoux au milieu de la rue, le Légat leur donne la bénédiction.  Puis il entre dans l'église où sont faites quelques cérémonies.  Carorguy remarque de façon très ironique je veid qu'il estoit gros et refaict et faisoit bonne myne [33] .  Pendant ce temps, les lansquenets se sont portés à Bourguignons dans l'intention de surprendre la Tour occupée par une douzaine de royaux.  Sans canon, ils  y renoncent.  Ils mettent alors le feu au village. Lorsque le Légat poursuit sa route pour Troyes, passant aux abords du village incendié et découvrant les femmes et filles se lamenter, il ne peut retenir ses larmes, selon J. CARORGUY mais il n'y feit guères grand exploict [34] .

Le 15 janvier, le sieur de la Bordaizière [35] passe aux environs de Bar-Sur-Seine et se loge à Celles.  La nuit même de son arrivée, il est chargé par le seigneur de Praslin qui le met en déroute.

Le premier février, une trentaine de Troyens, à cheval, sous le commandement du capitaine Gascard, quitte Bar-Sur-Seine.  Ils y étaient restés 4 à 5 mois.  Leur mission avait été d'empêcher les courses de la garnison de Chaource dans la contrée.  Sur la route, ils sont chargés par le sieur de Blasy-Villemorien, accompagné d'une vingtaine de chevaux.  Ce dernier succombe à un tir d'arquebuse.  Il est enterré à Rumilly.  Pour venger cette mort, le sieur de Balnot et quelques hommes, depuis sa maison de Briel, mène quelques courses contre les habitants de Bar.  Il emmène à Briel et rançonne d'abord une vieille veuve.  Puis prend des chevaux à charrue et enfin coupe le bras d'un pauvre homme.  Ceux de Bar font une sortie et le sieur de Balnot s'enfuit.

Du 5 au 19 février, tandis que le sieur Dinteville menait un siège à Montbar, Bar-Sur-Seine augmente sa garnison d'une centaine d'hommes. Les défenses de la ville sont renforcées, en particulier les murailles de la Mothe et le retranchement de la Maison-Dieu.  Les saules de la Gravière sont coupés. Le siège de Montbar levé, les cent hommes sont payés sur les deniers pris sur les domaines royaux et licenciés.

Quelques ligueurs de Bar-Sur-Seine participent avec les troupes de Troyes à la prise et au pillage de Monthiéramey, le 24 mars 1590.  Madame de Dinteville, qui y avait placé de grandes quantités de grains avait demandé au sieur de Giey de se porter au secours de l'abbaye.  Quelques pauvres de Bar en sortent riches dont un certain Maugras, Jacques Sergent et Innocent de La Ruelle.  Forte de sa victoire, la troupe se porte sur Vendeuvre avec le sieur de Guyonvelle, gouverneur de Chaumont, venu en renfort.  Le château est pris et rendu neutre.  Les Ligueurs se rendent à Giey où le seigneur s'est réfugié après son échec à Monthiéramey.  Ils investissent rapidement le château et le seigneur du lieu est emporté prisonnier à Chaumont.  Les soldats pillent alors le Château et le village, emportant en particulier de très grandes quantités de vin.  Après un passage à Bar-Sur-Seine, la troupe prend le chemin de Fontette le 2 avril.  Le château pris, les soldats quittent la région, tandis que Dandenot met garnison à Giey et Neuville.

Le 12 août 1590, Bar-Sur-Seine doit subir une nouvelle tentative des royaux.  Le sieur de Francières accompagné de deux cent chevaux tente de prendre l'abbaye de Notre-Dame de Mores puis se présente devant Bar-Sur-Seine. Quelques chevaux de l'avant-garde s'emparent du mesureur Coqueley qui était aux champs et le mènent à Mérey où était resté le gros de la troupe.  L'alerte est donnée et les ligueurs de la ville sortent porter secours à Coqueley.  A la tête de ces poursuivants s'est porté le capitaine Pouard seulement armé d'un pieu suivi d'une cinquantaine d'arquebusiers.  La garnison de la ville fait à son tour une sortie, conduite par le capitaine Lagrange.  Il venait d'arriver en ville et voulut montrer à tous son courage, portant l'assaut sans cuirasse.  Les royaux font mine de se sauver vers Merey, attirant les ligueurs de Bar dans un piège.  La cavalerie royale lance alors une contre-attaque depuis Merey, les ligueurs de la garnison battent  retraite vers la ville.  Pouard et ses hommes tentent de s'enfuir en se jetant à la Seine.  Pouard en est tiré et pris par les royaux.  Deux Barséquanais dont un religieux de la Maison-Dieu sont tués.  Un royal nommé capitaine Fert se trouve isolé parmi les ligueurs de Lagrange.  Ce dernier le met en pièces.  Un laquais royal venge sa mort en tuant le capitaine Pouard.

Les sorties des ligueurs de la ville se soldent donc par des échecs mais les royaux ne parviennent pas à faire céder la ville.  Coqueley doit payer une rançon de 500 écus.  Les royaux vont tenir quelques temps la campagne prenant et rançonnant ceux qui voulaient sortir de la ville.  Jacques Carorguy est lui-même pris et emmené prisonnier à Chaource.  Mais il est libéré, reconnu comme bon royal.  Cette occupation de la campagne empêche la bonne conduite des moissons.  Les royaux de la ville, dont Jacques Carorguy, ont du se cacher afin de se préserver des représailles ligueuses.

 

L'hiver 1591 est terrible.  La Seine gèle à Bar-Sur-Seine de telle sorte que l'on pouvait y circuler le ler janvier.  Les habitants de la ville brisent la glace de peur que les royaux de Chaource n'en profitent pour tenter un assaut de ce côté.

 

LA VILLE PASSE AU PARTI ROYAL.

 

En avril 1591, la troisième tentative royale est un succès.  Le seigneur de Praslin, accompagné du sieur de Francières, du baron de Saint-Amant et de ses hommes, ainsi que des troupes du comte de Brienne, se rend dans la campagne barséquanaise.  Il envoie un nommé Pirolle reconnaître le château.  Parvenant Jusqu'à la tour de l'horloge, ce dernier se rend vite compte que les murailles sont mal gardées.  Les hommes de Bar-Sur-Seine plutôt que d'y monter la garde, y envoyaient leurs valets ou des enfants.  Jacques Carorguy rend le maire, Me Guillaume de Giey, responsable de cette négligence.  Praslin décide donc d'entreprendre la surprise du château le jour suivant, dernier jour d'avril.  Le récit, tout à fait épique, mérite d'être conté en détail.

Pirolle, accompagné d'un nommé la Rose, valet de chambre de Praslin, Bouranton, son page et Foiseul de Riceys s'approchent du demy rond qui est sur Corbenaulx [36] puis ils rampent facilement jusque la seconde porte du château et épient le guet sur la muraille.  Le valet d'Etienne Coqueley, sentinelle au demi-rond, alerté par le bruit, se met à crier des qui va là.  Etienne Coqueley, échevin, fait sa ronde, laissant de garde son fils Mathieu au château.  Son valet l'informe des bruits qu’il entendait mais Etienne Coqueley reproche à ce dernier d'être ivre.  Les espions de Praslin se réjouissent d'entendre les menaces adressées à la sentinelle et dès lors entreprennent l'escalade de la muraille du château.  Ils dressent deux échelles sans être inquiétés.  La première, trop fragile, rompt.  De la seconde, trop courte, il faut sauter. Le nommé la Rose ouvre la marche.  Les quatre hommes pénètrent ainsi dans le château, tuant au passage trois hommes de garde dont Mathieu Coqueley.  Les autres gardes, de quatre "couppes-jarretz", s'enfuient, laissant manteaux et armes dans le corps de garde.  Les quatre cent chevaux qui attendent dans les deux garennes s'approchent alors du château.  Le sieur de Praslin monte lui-même à l'échelle. L'alarme est donnée dans la ville.  Les plus ardents ligueurs, dont le mesureur Coqueley, gravissent au plus vite le coteau, et, arrivés près de la porte du château, affrontent les tirs des royaux.  Coqueley est blessé au visage.  Le capitaine Lagrange et ses hommes, bien moins courageux, tentent de gravir la pente le long de corbenaulx, le mur crénelé qui relie le château à la ville, mais tous rebroussent chemin, Lagrange feignant d'être blessé.

Les royaux fondent alors sur la ville.  Guillaume Coqueley fait tirer sur eux depuis la tour Guilet.  Ils descendent jusqu'à l'auditoire, Praslin en tête, et demandent un prisonnier, Jehan Camus de Lingey.  Le geôlier, tardant à leur remettre les clefs, reçoit un coup de pistolet et meurt.  Dans la ville, ligueurs et royaux ont pris les armes et se donnent la chasse.  Jacques Carorguy est blessé.  Une balle d'arquebuse, tirée par Maugras, lui passe au travers de la jambe.

Pour ralentir la marche des royaux, les ligueurs dressent deux barricades.  Ils mettent même le feu à la maison de Me Duchome, menaçant d'incendier toute la ville.  Six ligueurs sont tués aux barricades, Etienne Coqueley est blessé au bras et à la cuisse.  Les royaux prennent finalement la ville.

 

Coutant fit un tout autre récit de ces événements.  Si les gens de Bar avaient été si négligents c'est qu'ils ne s'attendaient pas à une surprise du château par Praslin le nuit même de ses noces.  Il reprend cette information de Rouget [37] , et place l'événement le dernier jour d'avril [38] . Vignier ne nous apprend rien sur ce fait Le 30 avril 1590, le chasteau de Bar Sur Seine fut surpris de nuit par le sieur de Praslin et trois heures après la ville (qui tenoit lors pour la ligue) est en suitte pillée.  Jacques Carorguy note que le sieur de Praslin s'était marié le 12 décembre de la même année avec la fille de François de Cazillac, baron de Cessac et de Claude de Dinteville.  Il faudrait vérifier la date du mariage.  Le reste du récit de Coutant est extrêmement romancé. Il fait passer Praslin et ses hommes du château à la ville par un souterrain qui les aurait conduit au couvent de la Trinité.  Un officier ligueur lui en aurait révélé l'existence contre la vie sauve, pour lui et sa famille.  En fait, il semblerait qu'il y ait eu une confusion ou amalgame concernant ce mariage.  Carorguy nous rapporte que, en novembre 1591, le Vicomte de Turenne,      Henri de la Tour d'Auvergne, avait pris par escalade la ville de Stenay le soir même de ses noces avec Charlotte de la Mark.  Guise en commanda le siège.  Les royaux de Champagne furent appelés en secours.  Dinteville partit prêter main forte à Turenne.  En chemin il devait prendre Praslin à Chervey mais ce dernier ne s'y trouvait pas, occupé par son propre mariage.  Ainsi, il semblerait que Rouget ait confondu Praslin et Turenne.  Coutant a ensuite considérablement développé le récit, sans vérifier la véracité des faits.

 

Pour sa part, Jacques Carorguy remarque que les royaux ne tuent aucun des ligueurs en représailles, et ne violent aucune femme ou fille.  Les royaux font prisonniers un certain nombre de ligueurs, dont des personnes notables qu'ils mettent à rançon.  La ville subit un pillage par les hommes de Praslin.  Carorguy, pourtant du parti royal, doit racheter ses propres meubles.  Praslin prend pour son compte tous les cuirs des tanneries, dont la valeur devait s'élever à plus de 20 000 écus.  Les royaux laissent l'église intacte, désavouant les rumeurs selon lesquelles toutes les villes prises par les partisans du roi réformé voyaient leurs églises dévastées et les habitants catholiques forcés à embrasser la nouvelle religion.  Les royaux prennent encore l'artillerie de Bar-Sur-Seine, en particulier les deux grandes couleuvrines fondues en l'année 1580, six autres plus petites, tous les fauconneaux et arquebuses à croc.  Le maire, Guillaume de Giey, est contraint de jeter au peuple deux mille écus, avant de s'exiler à Mussy, avec une cinquantaine de ligueurs.  D'autres préfèrent se réfugier à Troyes.  Une garnison de deux cent hommes de pieds est établie à Bar-Sur-Seine, sous les ordres du sieur de Francières.  Celle-ci vécu quatre mois entretenue par la ville et la campagne.

 

En mai suivant, les habitants de la ville sont pris d'une frayeur.  La présence à Troyes de Guyonvelle et de deux mille hommes, allant avec de l'artillerie coucher à Monthiéramey, fait craindre qu'ils se dirigent ensuite sur Bar-Sur-Seine. Les femmes et de nombreux habitants quittent la ville et fuient dans la campagne.  Carorguy, agonisant de sa blessure à la jambe, est conduit aux Riceys, accompagné d'un certain nombre de notables royaux.  Praslin se retranche alors dans la ville. Il fait abattre au-delà des murailles haies et arbres, raser jardins, clôtures, la chapelle saint Sébastien et la maladrerie. Guyonvelle envoie une trompette sommer la ville mais les royaux refusent de se rendre.  Finalement, Guyonvelle, qui attend la réponse à Ville-Sur-Arce, poursuit son chemin en direction de Giey. Les chefs ligueurs de Bar, dont les Coqueley, le suivaient de près, dans l'espoir de le convaincre de reprendre la ville.  Le 22 mai, le château de Giey est de nouveau pris par les ligueurs qui y laissent une garnison et gagnent Essoyes.

L'insécurité règne à nouveau dans les campagnes.  Les paysans n'osent se rendre dans leurs champs et bien des terres se transforment en friches.  Les récoltes se font plus rares et le prix des céréales augmente à nouveau.

Le 22 juillet 1591, Praslin, sentant la fidélité des Barséquanais sans doute fléchir, fait prêter aux habitants un serment de fidélité et de reconnaissance due à Henri IV.

 

Le 19 août, le maréchal d'Aumont est à Polisot, à la tête de 2000 Suisses.  Le lendemain il visite Bar-Sur-Seine et ordonne de procéder à des travaux au château.  Le fossé est recreusé du côté plateau, une petite muraille fut construite du côté ville et on y fait des logements pour les soldats.  Il se porte ensuite à la Villeneuve-au-Chêne, investie par des ligueurs dont un certain nombre de Bar-Sur-Seine, parmi lesquels le dénommé Maugras qui avait blessé Carorguy.  L'auteur se rend lui-même en ce lieu, afin de voir pendre Maugras, mais ce dernier s'était enfui.  Les royaux reprennent ensuite le château de Giey.  Quelques ligueurs de Bar sont pris et emmenés.

 

LA REPRISE DE BAR-SUR-SEINE PAR LES LIGUEURS.

 

En août 1591, le duc de Guise séjourne à Troyes.  Les ligueurs de Bar-Sur-Seine, le président Marthin en tête, le prient de reprendre Bar aux royaux.

Une première tentative est faite en le 5 octobre 1591.  Les compagnies du duc parvenues aux abords de la ville font fuir les femmes et filles qui vendangeaient.  Des cavaliers de l’avant-garde sont pris à partie dans une embuscade.  La trompette est envoyée sommer les habitants de se rendre.  Sur le refus de ces derniers, les ligueurs passent leur chemin pour Vendeuvre puis Bar-Sur-Aube.  Ils en reviennent le 12 octobre avec deux pièces d'artillerie, sommant à nouveau les Barséquanais, mais ne s’y attardent pas et poursuivent leur chemin pour retourner à Troyes.

Dans le même temps, une poignée de jeunes ligueurs de Bar-Sur-Seine, dont un Chapotel, s'est enfermée au château de Loches. Depuis ce lieu, ils lancent des raids de pillage dans toute la contrée, s'attaquant aux marchands, voyageurs et même ecclésiastiques de l'abbaye de Mores.  Une troupe royale de 1200 Suisses, sous les ordres du baron de Saint-Amant, se portent à Loches.  Les habitants ont trouvé refuge dans l'église, certains tirent sur les soldats depuis le clocher.  Les Suisses mettent alors le feu à la porte, l'église est réduite en cendres.  Ils incendient ensuite le village.  De nuit, les pillards ligueurs parviennent à s'enfuir.  Les Barséquanais ont alors à souffrir les courses de ceux de Châtillons et de Bar-Sur-Aube tandis que les soldats royaux de la garnison de Bar-Sur-Seine sortent de la ville piller ou rançonner les campagnes environnantes.

Le 18 janvier 1592, devait avoir lieu une exécution de soldats pillards. La cavalerie de Bar-Sur-Seine fait une sortie afin de poursuivre quelques pillards Ligueurs dans la campagne laissant la ville peu défendue.  Une troupe de gens de guerre du parti de la Ligue profite de l'ouverture des portes pour entrer en ville et libérer les condamnée à mort.  Ils quittent la ville.

 

En mai 1592, les Ligueurs cherchent à reprendre Bar-Sur-Seine avec la complicité de trois ligueurs qui étaient restés en ville.  Ces derniers ont réussi à acheter le premier caporal du château.  Ce dernier, pris de remords, dévoile l'affaire à ses chefs qui lui conseillent de poursuivre dans sa conspiration afin de tendre un piège aux auteurs.  Ce soldat va donc rencontrer les frères Coqueley à Troyes. Ils établissent un plan pour s'emparer du château.  De retour, le caporal révèle le plan. Le 19 mai, jour de la Pentecôte, les Troyens font route vers Bar-Sur-Seine, mais avertis du piège tendu par Praslin, ils rebroussent chemin.  Praslin entre alors en ville et s'empare des quelques ligueurs conspirateurs.  Ils sont questionnés, jugés et pendus, leur tête exposée sur une pique au château.

Au cours de l'été, ceux de Vendeuvre et de Bar-Sur-Aube reprennent leurs courses contre les paysans de Bar-Sur-Seine.  Les moissons sont à nouveau bouleversées, des chevaux et des gerbes emmenés.  Ils rançonnent des faucilleurs [39] .

Les chefs royaux appelés sur d'autres théâtres d'opération, les ligueurs restés en ville s'engaillardissent. Sans être inquiété, le lieutenant Bonnefons harangue les habitants de Bar-Sur-Seine pour reprendre le parti de la ligue, n'hésitant pas à traiter Henri IV de bastard, relaps et hérétique [40] . Cette fois ci, la ville semble prête à céder à un nouvel assaut ligueur.

 

Fin octobre, Guise est de nouveau à Troyes, accompagné de Saint-Pol et Guyonvelle. A la Toussaint 1592, sa cavalerie paraît aux abords du château où elle est reçue par une salve de tirs.  Les Ligueurs dévalent alors les vignes sous le tir nourri des royaux.  Mais leur grande couleuvrine éclate.  Des morceaux volent jusqu'à Pain-Perdu.  Le premier assaut est repoussé.  Les ligueurs se logent à Bourguignons, Avaleur, Villeneuve, Celles et Merey.  Le lendemain, lundi, jour des Morts, la ville est sommée de se rendre.  Le maire refuse, jugeant les forces de Guise trop faibles.  Les assiégeants font alors jouer l'artillerie, composée de cinq canons, tandis que leur infanterie occupe le premier fossé.  Une sortie de la cavalerie de la ville est repoussée sur Merey.  De son côté, le gouverneur d'Ogny montre peu de zèle à soutenir le siège.  Le mardi matin, 3 novembre, les ligueurs font tirer les canons sur la muraille entre la Tour de l'Horloge et la Tour du Lyon.  Nostre gouverneur tremblait par les pleurs et gémissements de sa femme et de sa soeur, qui se résolut de faire composition [41]   Le gouverneur royal du château cède la ville et le château aux ligueurs.  Il obtient cependant qu'il n'y ait aucun pillage contre 8000 écus accordés aux vainqueurs [42] . Les partisans du roi dans la ville subissent cependant les représailles des ligueurs.  Jacques Carorguy est pris.  On le jette du haut de la porte près de la Maison-Dieu (la porte de Châtillons), puis il est mené à Merey.  On le tient prisonnier un mois durant à Beurville d'où il est libéré après que sa femme ait versé une rançon de 150 écus.

Guise laisse une garnison de cent hommes de pieds au château, tandis qu'une compagnie demeure deux mois à vivre sur la ville et sa campagne.  Leur chef, un italien nommé le capitaine Mortaig, pille les villages environnants.

 

Le 2 janvier 1593, le sieur de Grammont arrive en tant que gouverneur de la ville.  Il est accompagné de trente à quarante Espagnols, de Vallons, d'Italiens et de Suisses.  Il procède à de nouvelles fortifications au château.  Il y fait des boulevards et éperons avec fumier et bois pris sur la garenne.  Grammont avait participé, entre autres, à la défense de Chartres lors du siège fait par Henri IV.  Les matériaux utilisés à la fortification du château, bois et fumier, étaient plus adaptés pour la résistance aux boulets de canon que les murailles de pierre.  Ils protégeaient ces dernières en amortissant le choc.  D'autre part, il fait construire une citerne devant la chapelle et le puits est curé.  Le château est prêt comme il ne l'avait jamais été pour soutenir un siège en règle.

 

Les monnayeurs troyens mettent en décrie de pièces de monnaie, ajoutant à la misère de la population.  Plus personne ne veut de ces monnaies pourtant très courantes.  On ne peut plus rien acheter avec ces pièces.  Le commerce en souffre considérablement.  Les discussions au marché ou à la boutique se terminent souvent en disputes sinon en rixes.  Chacun doit porter ces pièces au billon à Troyes pour en faire forger de nouvelles à l'effigie de Charles de Bourbon, prétendant au trône pour la Ligue.

 

LA Montée EN PUISSANCE DES ROYAUX.

 

Les événements allaient conforter les royaux dans leurs convictions.  Le 28 juillet 1593, Henri IV se convertit et une trêve générale est conclue.  Les soldats de la garnison multiplient leurs exactions, se dépêchant d'accroître leur butin, avant que cette trêve ne soit publiée à Bar-Sur-Seine, soit quinze jours plus tard.  Le capitaine Verdun et ses Espagnols sont les plus redoutés.  Ils vivent sur l'habitant, abusent des femmes et des filles.  Ils pillent les villages et hameaux de la région.  Mais à partir de cette date, Jacques Carorguy remarque un changement de comportement de la part des paysans. Ceux de Villemorien résistent aux soldats.  Ils se réfugient dans l'église paroissiale et répliquent depuis le clocher.  Ils blessent un sergent et tuent un soldat. 

A Bar-Sur-Seine, les Espagnols vendent le dimanche 8 août sur la place du marché le bétail pris , à l'heure de la messe. Les Barséquanais sont scandalisés.  Le lendemain, les Espagnols investissent la maison du président Marthin et l'emmènent comme otage au château, afin de s'assurer de la population.

Dans le même temps la garnison royale de Mussy-Sur-Seine court et rançonne les Barséquanais tandis que le régiment Grandval vit sur le pays.  Plus personne n'ose sortir de la ville, les moissons sont impossibles à faire sans risque.

La trêve est enfin publiée le 17 août.  Les royaux qui s'étaient exilés rentrent en ville.  Parmi les plus notables se trouvent le procureur du roi Jean de Lausserois et Noël de Bury, receveur.  La paix semble s'installer pour quelques temps dans le pays.  Les marchands circulent à nouveau.  On voit même passer des pèlerins pour Sainte-Reine.  Ainsi les choses semblent rentrer dans l'ordre, même le sel revient au grenier.  Mais les exactions reprennent en septembre.

Cependant les habitants de Bar-Sur-Seine, tout comme les habitants des villages environnants supportent de plus en plus mal la garnison ligueuse qui occupe le château.  Le 6 octobre les soldats tiennent les portes de la ville et empêchent les habitants de sortir pour vendanger.  Ils prennent trois notables en otages.  Le même jour les soldats s'emparent d'un troupeau de vaches que l'on menait paître derrière le château.  Elles sont rendues contre rançon.  Le 14 novembre, les Espagnols veulent contraindre les habitants d'Arrelles à payer pour les fortifications de la ville.  Ces derniers se retirent dans l'église et accueillent les soldats à coups d'arquebusades depuis le clocher.  Ils tuent deux soldats.  Cependant, les portes de l'église sont forcées.  Quinze des habitants sont emmenés prisonniers au château, leurs biens pillés.

Des orages éclatent le 18 décembre puis le jour de Noël 1593, ne sont-ils pas à nouveau de mauvais présages ? Le ler janvier 1594, Grammont s'empare d'un convoi de sel qui se rendait à Langres.  Il poursuit ses fortifications au château et continue à lever de lourds impôts sur la population, mais la préserve des courses.

Le 3 janvier, le Parlement de Paris reconnaît Henri IV.  Le 24 février 1594, il est sacré à Chartres.  Déjà de nombreuses villes se soumettent.  Henri IV est bien décidé d'interrompre la trêve afin de pacifier définitivement le royaume.  Le 22 mars, le roi entre dans Paris, peu de temps après Troyes se soumet.  A Bar-Sur-Seine, Grammont licencie les Espagnols de sa garnison, mais il fait couler une couleuvrine et menace la ville depuis le château. Il attend que Guise ait traité avec le roi.  En avril, Grammont se prépare à soutenir un siège.  Il semble se méfier de la population.  Il fait reconstruire une muraille, qui s'était effondrée pendant l'hiver, au-dessus de la montée au château depuis la ville.  Il fait couler deux nouvelles pièces d'artillerie, toujours aux frais de la population.  La garde est renforcée ; le capitaine Verdun a même tué un Barséquanais qui s'était endormi dans sa guérite.

Le 27 avril, une nouvelle crise monétaire touche la région.  Les commerçants de Bar-Sur-Seine refusent les paiements avec les douzains forgés à Troyes à l'effigie de Charles de Bourbon.  Or les paysans de la région n'ont que cette monnaie.  La crise dure une quinzaine de jours.  Pendant celle-ci les tensions entre habitants et garnison s'accroissent.  Le 3 mai, à la porte de Seine, un soldat de la garnison tente d'arrêter de pauvres villageois venus au marché et de les emmener au château.  Les portiers de la ville s'y opposent.  L'un d'eux blesse mortellement d'un coup de couteau dans le ventre le soldat.  Mais les cris de celui-ci ont alerté d'autres qui accourent, épée à la main.  Arrivés au corps de garde de la porte, ils blessent trois des portiers.  Les habitants de la ville veulent alors s'armer et se soulever contre les soldats de la garnison.  Le capitaine du château braque alors deux canons sur la place du marché aux blés et la rue qui mène à la porte de Seine.  Le lendemain, le capitaine Verdun descend avec ses soldats dans la ville dans l'intention de tuer l'auteur du crime.  Sa maison est fouillée de la cave au grenier mais il ne s'y trouve pas.

Pendant ces événements, Grammont était absent.  Il est de retour le 7 mai. Le jour même, il envoie une troupe à Chervey, afin d'y lever des subsides pour la fonte des canons.  Les habitants s'arment et repoussent les soldats de Grammont.  Onze de ceux-ci sont taillés en pièces.

 

LA SOUMISSION DE BAR-SUR-SEINE

 

La situation semble devenir intenable pour Grammont car le 10 mai 1594 il se soumet à Henri IV.  A Bar-Sur-Seine, la joie éclate.  Le Te Deum est chanté à l'église.  Seuls quelques ligueurs irréductibles dont le président Marthin et sa clientèle refusent de participer aux feux de Joie et autres festivités organisées.  Les tables sont mises dans la rue, avec brocs de vin et pots de confiture.  François Gouthières, maire, et le prévôt sont députés auprès du roi pour lui faire entendre les doléances et misères de la ville, afin d’obtenir en particulier la suppression de la garnison.  Mais il semble qu'ils ne font pas le voyage, mais chargent Grammont de présenter leurs remontrances au roi.  En effet, le roi convoque le ban et l'arrière-ban pour secourir La Capelle assiégée par les Espagnols, puis pour porter le siège devant Laon.  Grammont répond à cette convocation, porteur des remontrances barséquanaises [43] . Parallèlement, les Barséquanais font porter au roi des lettres de soumission et remontrances. La première est envoyée sans doute peu de temps après le départ de Grammont pour Laon, fin mai 1594 ; elle est renvoyée par le Conseil d’état au roi le 4 septembre.  Une seconde est envoyée après la mort de Grammont, le 16 octobre et reçue par le roi avant le 27 octobre 1594, date des Lettres Patentes qu'il renvoie en réponse, semblables à celles d'autres villes.  Ils demandent que le culte de la religion réformée ne puisse pas se faire dans le bailliage, l'amnistie de toutes les actions qui ont pu être commises, le maintien des privilèges de la ville et l'allégement ou la suppression des taxes et subsides.  Les Barséquanais souhaitent d'autre part que la garnison soit allégée sinon supprimée.  Une mention particulière est à relever dans la première lettre à propos du château : il n'a point été jugé nécessaire qu'il y eût un Châtel en la ditte Ville, l'ayant fait ruiner et démolir vos prédécesseurs Rois, (... ) et toutefois où il sera jugé nécessaire... On ne peut interpréter ce passage comme une demande de destruction du château, tout juste s'agit-il d'une timide suggestion [44] .  Les Barséquanais demandent encore, dans la seconde lettre, l'entretient d'un Précepteur de la jeunesse de la ville et lieux circonvoisins. Henri IV leur accorde dans ses Lettres Patentes, donnant naissance au Collège de Bar-Sur-Seine.

 

LE CAPITAINE VERDUN Maître DE BAR-SUR-SEINE ET LE DERNIER Siège.

 

Cette fin de mois de mai se termine mal.  Les 22-24 mai 1594, les gelées sont terribles, dévastant les vignes de la région.  Le 9 juin, jour de la Fête-Dieu, les habitants de Bar-Sur-Seine exécutent une dénommée Maynguotte, accusée depuis les gelées de sorcellerie.  Liée aux mains et aux jambes, elle est jetée dans la Seine.  Le fait qu'elle ne coule pas au fond de l'eau mais au contraire flotte semble attester qu'elle soit réellement une sorcière.  Des villages environnants ont fait de même.  A Gyé, c'est un homme qui subit l'épreuve de l'eau.

Le capitaine Verdun, maître de la garnison en l'absence de Grammont parti à Laon, entreprend d'amasser un butin sur la population de Bar-Sur-Seine et des villages de la région.  Ce même 9 juin, il incendie Chervey.  Les habitants avaient tenté de lui résister et avaient tué quelques-uns uns de ses soldats.

Le dérèglement du temps se poursuit en juin et juillet.  De grandes pluies continuelles, parfois la grêle, ruinent les récoltes.  La peur de la famine est d'autant plus grande que les garnisons de Bar-Sur-Seine, de Mussy-Sur-Seine et de Châtillons-Sur-Seine continuent leurs exactions dans le plat pays, empêchant les travaux des champs.  Elles se poursuivent en août et septembre.  Les paysans quittent leur village, bon nombre d'entre eux viennent trouver refuge à Bar-Sur-Seine.  Villeneuve et Merey se sont vidés.

 

Le 16 octobre 1594, alors de retour de Laon, Grammont est tué à Vaudes.  Il avait tenté de s'emparer de la recette des vinotiers [45] des Riceys, revenant de vendre leur vin à Troyes [46] . Son neveu, Antoine d'Aure, comte de Grammont, succède à la charge de gouverneur de Bar-Sur-Seine.  En son absence, Verdun reste le maître de la garnison et du château, refusant de se soumettre à qui que ce soit.

 

Le Maréchal de Biron, en route pour soumettre la Bourgogne, est à Troyes le 16 décembre.  Aussitôt, des députés de la ville, dont le ligueur converti Coqueley, lui sont envoyés pour l'informer de la situation.  Biron décide alors de se porter sur Bar-Sur-Seine.  Depuis Villemorien, il dirige le siège du château le 27 décembre.  Verdun fait tirer sur les royaux et sonne l'alarme.  Les habitants de la ville tentent d'empêcher ses quatre capitaines, qui couchaient en ville, de monter au château, défendu par une soixantaine de soldats.  Les Barséquanais se barricadent contre le château et laissent entrer des soldats de Biron.  Le lendemain, le maréchal entre en ville.  Verdun fait tirer au mousquet sur les habitants.  Biron fait faire une tranchée afin de s'attaquer à la Tour de l'Horloge.  Verdun veut une première fois négocier sa reddition.  Biron lui offre 2000 écus mais Verdun en veut 9000.  Biron demande alors à Dinteville d'aller chercher quatre canons à Troyes.  Les siens étaient bloqués à Corbeil par la Seine gelée. Il faut attendre une quinzaine de jours le retour de Dinteville. Verdun commence alors à manquer de provisions et de bois. A la vue du gros canon, prêt         à tirer sur le château depuis le cimetière, Verdun se rend.  Il quitte le château avec ses gens le 12 janvier 1595, bagues sauves, leurs armes avec meiche alumée et tambour sonnant [47] mais sans argent.  Le comte de Grammont prend possession du château, pour la garde duquel il laisse le capitaine de la Roze avec cinquante soldats, tandis qu'en ville est laissé le capitaine Forteau avec cinquante hommes de pieds.  C'est la dernière fois que le château devait subir un assaut.

 

Les malheurs ne s'arrêtent pas pour autant.  Dès le printemps 1595, la garnison de Bar-Sur-Seine reprend ses exactions sur le plat pays.  Du 22 au 26 mars, jour de Pâques, il n'a cessé de neiger et de geler.  Gels et chutes de neige reprennent du 18 au 20 avril.  En mai, la famine sévit, d'autant que les récoltes de l'année précédente avaient été maigres.  Le prix des blés a considérablement augmenté.

Le 30 mai 1595 Henri IV fait son entrée royale à Troyes.  Jacques Carorguy s'y est rendu pour assister à la fête.  Le lendemain, 31 mai, le roi couche à Bar-Sur-Seine.  Les représentants de la ville en profitent pour lui demander à nouveau la suppression ou la réduction de la garnison.  Il refuse de nouveau.  La région n'était pas complètement pacifiée, les ligueurs tenaient encore la Bourgogne et pouvaient menacer la ville.  Henri IV se rend ensuite à Dijon où l'attend Biron.  Jacques Carorguy termine son recueil avec la victoire du roi à Fontaine-Française sur les Espagnols, venus secourir les ligueurs bourguignons, le 5 juin 1595.  Le roi avait par sa présence apporté la paix à la région.

 

L'une des conséquences directes de ces guerres à Bar-Sur-Seine fut le démantèlement du château.  Alphonse Roserot mentionne dans son Dictionnaire topographique de la Champagne Méridionale (t.I, p.131) que le roi permis sa destruction le 3 octobre 1596 contre 1500 écus, mais la mention est tardive, elle date de 1780, et reste à vérifier.  Il faudrait davantage se ranger de l'avis de Vignier, plus proche de l'événement et de sources qui depuis ont pu disparaître [48] : Le 9 mars 1597, Jacob de Benezin capit. du château pour le compte de Gradmont le rendit aux habitants dudict Bar moyennant 3000 l.t. [livres tournois] [49] lequel ilz démolirent.  A cette date, le château ne représente plus aucun intérêt stratégique pour le roi, la région est pacifiée depuis un certain temps et la menace espagnole a disparu en Bourgogne après la bataille de Fontaine-Française tandis que dans le même temps les places ligueuses avaient cédé.  En Picardie, Amiens ne cède qu'en septembre 1597, mais une partie des places picardes sont reprise aux Espagnols.  Les cités du Nord, à peine soumises, se voient dotées de citadelles modernes, prototypes développés plus tard par Vauban, aptes à résister aux nouvelles guerres de siège et destinées à fortifier la frontière Nord du royaume.  Le plus souvent elles se font sous la direction de l'ingénieur Jean Errard de Bar-Le-Duc, “père de la fortification bastionnée ”.  Le traité de Vervins, le 2 mai 1598 met un terme pour un temps à la guerre contre l'Espagne.  Aussi n'est-il pas étonnant de voir Henri IV laisser les Barséquanais démanteler le château. Il présentait plus d'inconvénients que d'avantages.  Il s'était montré inefficace à résister aux sièges dans lesquels l'artillerie prenait une place prépondérante.  Il était trop ancien et peut-être déjà en trop mauvais état pour envisager une reconstruction bastionnée dont l'intérêt stratégique au niveau du royaume ne se justifiait plus.

 

ANNEXE : LE SIEGE DE LA SAINT BARTHELEMY BARSEQUANAISE (24 août 1562).

 

Les soldats troyens ont participé activement au siège et à la prise de Bar-Sur-Seine.  Si les registres de délibérations consulaires de la ville de Troyes restent muets à ce sujet, passant des délibérations du 29 mars 1562 au 13 avril 1563, les comptes de la ville nous en donne des précisions [50] . Monsieur DESBORES, gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi et lieutenant pour le roi en la ville de Troyes avait ordonné cette expédition troyenne.  On apprend que le roi, alors dans un camp devant Bourges, avait été informé de la surprise de Bar-Sur-Seine par les huguenots.  Les Troyens durent tout d'abord préparer leur artillerie pour le voyage.  Dix charpentiers et un maître charpentier, quatre charrons, deux maréchaux ferrant et un cordier remontèrent et réparèrent les pièces d'artillerie. Il fallut réparer ou même racheter un grand nombre de corde, cordages et  harnachements pour tirer les canons.

Cent vingt chevaux et trente charretiers ont été répartis en neuf équipages. Le plus gros attelage comptait trente et un chevaux et six charretiers pour tracter le seul double canon. Un canon, une couleuvrine, deux fauconneaux furent  aussi convoyés à Bar-Sur-Seine, soit cinq pièces d'artillerie. Il faut encore ajouter quatorze charrettes qui emportaient la poudre, les boulets et les outils de siège.

Tout est comptabilisé, même les boulets pour le double canon.  Cinquante ont été emmenés, trente-huit ont été rapportés ; quelques uns avaient été recherchés dans les fossés du château, ce qui peut démontrer la valeur du simple boulet de canon à cette époque.  Seize pics et pioches neuves ont été achetés, onze serpes à couper le bois, dix pelles de bois ont été fournis à soixante trois pionniers.  Enfin, la ville de Troyes a mobilisé trois cent de ses soldats, auxquels il faut ajouter quatre canonniers, quatre charrons et quatre charpentiers.  C'est un total de quatre cent Troyens qui firent le voyage à Bar-Sur-Seine, sans compter les hommes de commandement.

Les Troyens eurent peu de pertes.  Les plus touchés car les plus exposés, furent les pionniers.  Un certain Marc Titon est tué dans les fossés.  C'est le seul mort.  Sa veuve reçoit 100 sols (soit 5 livres), ayant esgard a sa pauvreté et charge d'enfants.  Il y eut trois blessés.  Un charretier reçut 25 livres pour un cheval tué et un autre blessé.  La vie d'un pauvre pionnier valait moins que celle d'un cheval.

L'expédition avait coûté aux habitants de la ville 2916 livres 1 sol et 5 deniers (dont 1200 pour le seul entretient pendant trois mois du lieutenant de roi, mais les munitions et boulets avaient été pris des magasins du roi, ce qui aurait sans aucun doute accru considérablement le coût.

Au cours du siège, le double canon éclata.  Les Troyens firent rapatrier les morceaux par la route Jusqu'à Fouchères puis par bateau jusqu'au port de Croncels.  Le même compte [51] enregistre les dépenses pour réparer le double canon (soit un total de 162 livres 7 sols et 6 deniers).

 


[1] Bar-Sur-Seine, 1856, in 8°, tome II, pages 227-233.

[2] Le premier tome vient de paraître sous le titre de  Chroniques de Troyes et de la Champagne durant les guerres de Religion (1524-1594), Première édition du manuscrit 698 du fonds DUPUY de la Bibliothèque Nationale de France par Pierre-Eugène Leroy, P.U.R, 1998.).

[3] E. Bruwaert a édité le texte : Carorguy Jacques, Mémoires, 1582-1595,  Paris, 1880.

[4] L Coutant, op.cit., p. 235-236.

[5] 52e année, Bar-Sur-Seine, imprimerie Vve C. Saillard éditeur, p. 176-180.

[6] B.N., Fonds Français, ms 5995.

[7] M.Rouget,Op.Cit., Avertissement.

[8] p.60-74.

[9] M.Pietresson de Saint-Aubin parle de l'oeuvre de l'imagination de Coutant et de supercherie dans son article “Bar-Sur-Seine au XVIIe siècle”, Annuaire de l'Aube, 1926, 2e partie, p.22.

[10] Le renouvellement historiographique récent a mis en évidence cet aspect, en particulier la thèse de Denis Crouzet, Les Guerriers de Dieu, Paris, 1990, 2 tomes, Champ Vallon.

[11] Pour le Barséquanais : Chaource (1535, inspiré des gravures de Dürer), Les Riceys (vitrail aujourd’hui déposé à l’annexe de la cathédrale de Troyes), Magnant (1530, Jugement Dernier ; 1543, saint Jean écrit sous la dictée de l’ange), Polisot (fragments du début du XVIe siècle, personnage dans la gueule du Léviathan ?), Virey-Sous-Bar (XVIe siècle, fragments du Christ du Jugement Dernier) et Saint-Parres-Les-Vaudes (1515, Jugement Dernier).

[12] Coutant, op.cit.,t.II, p.224.

[13] “Une réhabilitation ou les Huguenots à Bar-Sur-Seine.  Episode des guerres religieuses”, p.98-130.

[14] BN, ms F.Fr.5995 f°229 v°.

[15] La Saint-Barthélemy de Bar-Sur-Seine a eu lieu dix ans jour pour jour avant la très célèbre Saint-Barthélemy parisienne.

[16] Ed. Pierre-Eugène Leroy,  T.I., p.433-442.

[17] Coutant, op.cit.,T.II, censure p.231.

[18] Ibid., T.II,. censure p.233.

[19] Et non des huguenots en janvier 1563, comme l’écrivent Coutant ou "X", Jean de Lausserois était réformé.

[20] Vignier, op.cit., f°229 v°.

[21] Ibid., f° 232 r°.

[22] Relations des ambassadeurs vénitiens sur les affaires de la France au XVIe siècle, M.N. Tommaseo, cité dans A. Babeau, “Comment on voyageait  dans la Champagne Méridionale en 1577”, Revue de Champagne et de Brie, 1883, p.432-436.

[23] Henri Jeannet, “Pierre Poupo, poète de sa province” dans Pierre Poupo (1552-1590).  Un poète protestant en Champagne.  Actes des sixièmes journées rémoises et troyennes des 25-27 janvier 1991, organisées par le Centre de Recherches sur la Littérature du Moyen-Age et de la Renaissance de l'Université de Reims, sous la direction de Yvonne Bellenger et Ralph Hester, Langres, 1992, Klincksieck, Coll.  Actes et Colloques - 33.

[24] J.Carorguy, Mémoires, p.3.

[25] J.Carorguy, Mémoires, p.3.

[26] J.Carorguy, Mémoires, p.4.

[27] J.Carorguy, Mémoires, p.5.

[28] Pour plus de détails voir A.Garnier, “La Police à Bar-Sur-Seine (1587-1588)”, dans 1'Almanach-Annuaire de l'Arrondissement de Bar-Sur-Seine pour l'année 1901, p.157-181.

[29] Op.cit.,T.II, p.236.

[30] Laurent Bourquin, Noblesse seconde et pouvoir en Champagne aux XVIe et XVIIe siècles, Paris, 1994, Publications de la Sorbonne.

[31] Théophile Boutiot dans son Histoire de Troyes et de la Champagne Méridionale, Troyes, 1873-1874 donne un autre récit de cette bataille au chapitre XIII, p.178-179. Son histoire fut rédigée avant la publication du recueil de Carorguy par Bruwaert.  Quelles furent donc ses sources ? Il avait à sa disposition sans doute le manuscrit conservé à la B.M. de Troyes, en aurait-il donc fait une mauvaise lecture ?

[32] Op.cit., t.I, p.145.

[33] J.Carorguy, Mémoires, p.35.

[34] J.Carorguy, Mémoires, p.36.

[35] Membre du Grand Conseil de la Ligue, oncle de Gabrielle d'Estrée.

[36] J.Carorguy, Mémoires, p.66.

[37] Rouget, op.cit, P.85-86

[38] “Une nuit de noces”,  Almanach annuaire de l'arrondissement de Bar-SurSeine de 1873, p.69-74. Dans Histoire de la ville ... op.cit., t.I, p.146, il se marierait le 30 juin ; dans le t.II, p.241, son mariage aurait lieu quelques jours après le ler avril.

[39] J.Carorguy, Mémoires, p.111.

[40] J.Carorguy, Mémoires, p.114.

[41] J.Carorguy, Mémoires, p.118.

[42] Vignier confirme brièvement les événements :  Le mardy 3 nov. (la ville) et chasteau de Bar-Sur-Seine furent rendu à composition au duc de Guise, le sr d'Ogny le défendant.  Elle  racheta le pillage moyennant la somme de 8000 écus que les habitants donnèrent ; BN. ms.fr.5995, f° 232 v°.

[43] Henri IV confirme ce fait dans les Lettres Patentes qu'il délivre le 27 octobre au Barséquanais, transcrites par Rouget, en annexe de son ouvrage, p.213.

[44] Cette demande n'apparaît que dans la première lettre, elle n'est pas renouvelée tandis que les Barséquanais demandent toujours la suppression de la garnison dans la seconde.  Henri IV ne donne aucune réponse à ce sujet dans ses Lettres Patentes, signifiant un refus de laisser détruire le château.

[45] J.Carorguy, Mémoires, p.202.

[46] Vignier confirme ce récit, BN.ms.Fr 5995, f° 232 v°. Coutant réinvente l'histoire.  Il fait accompagner les ricetons par des Ligueurs, poursuivant une compagnie du maréchal de Biron jusqu'à Vaudes.  C'est alors qu'ils sont pris à partie par Grandmont qui y trouve la mort.  Il fait une erreur de chronologie en faisant intervenir Biron dans le mois d'octobre.  De plus les vinotiers des Riceys étaient accompagnés par un homme d'armes de Praslin qui n'est en aucun cas un ligueur.

[47] J.Carorguy, Mémoires, p.210.

[48] BN, ms.Fr.5995, f° 232 v°.

[49] Soit environ 1000 écus ; or Roserot écrit 500 écus, tandis que Coutant réduit la somme à 500 livres.

[50] A.M.Troyes, Fonds Boutiot, B 156, ff 326-340.

[51] A.M.Troyes, Fonds Boutiot, B 156, ff 347-349.


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