La chapelle d'Avalleur 

par Jacky Provence

 

 

 

La préceptorie templière fut fondée sans doute entre 1167 et 1172, mais en l'absence de sources précises, la datation de la chapelle reste incertaine. Une préceptorie est le centre de gestion d'un domaine qui s'est constitué au cours des années grâce aux donations pieuses. On utilise souvent le terme de commanderie, qui s'applique davantage aux Hospitaliers ou aux autres ordres militaires.

Dans son architecture, la chapelle apparaît comme un édifice de transition, conservant encore des éléments romans, comme le portail, mais offrant sans doute l'une des premières voûte sur croisée d'ogives du Barséquanais. Il ne serait pas abusif de la dater du dernier quart du XIIe siècle ou des premières décennies du XIIIe siècle.

La voûte d'ogive est une innovation technique de l'époque romane. On la trouve dès le XIe siècle en Italie du Nord et dans le domaine anglo-normand. Le premier grand exemple est la cathédrale de Durham, en Angleterre. En Champagne méridionale, les voûtes d'ogives au XIIe siècle sont rares. L'hémicycle d'Isle-Aumont présente deux bandeaux plats, sortes « d'ogives-ancêtres » qui semblent remplir un objectif ornemental tout en renforçant le cul-de-four. C'est à la fin de XIIe et au début du XIIIe siècle, période de transition entre le style roman et le style gothique, que la voûte d'ogive fait réellement son apparition en Champagne méridionale. A cette époque, les voûtes sont bombées et les ogives ne sont encore que de "gros boudins" ou des bandes plates, exceptée peut-être la chapelle d’Avalleur qui présente des nervures plus fines et travaillées. Ce n'est qu'au cours du XIIIe siècle que l'ogive s’impose et devient un élément ornemental harmonieux et gracieux, avec pour exemple local l'église de Mussy-Sur-Seine.

La chapelle d'Avalleur a un plan rectangulaire de 20 mètres sur 6. Elle est composée de trois travées séparées d’arcs doubleaux en forme d’arcs brisés et voûtées sur croisées d'ogives.

L'ogive est un arc diagonal de renfort tendu sous une voûte pour faciliter sa construction et augmenter sa résistance. C'est une véritable armature qui supporte les voûtains. Pendant le temps de la prise des mortiers, elle permettait les tassements et les déformations auxquelles les constructions pouvaient être soumises. Au-dessus de la nef, les voûtains reposent sur l’arc doubleau qui les supportent. Au niveau des murs, la poussée des voûtains est canalisées par les arcs formerets. Les poussées se concentrent ensuite vers les chapiteaux.

Les ogives présentent des nervures au profil en forme d’amande qui pourraient s’apparenter à celles que l’on trouve, datant du dernier quart du XIIe siècle, dans des édifices cisterciens (Clairvaux, Fontenay), ce qui permet de penser que cette chapelle peut être contemporaine de ces monuments.

La structure ogivale dirige les poussées générées par le poids de la voûte vers des points précis, les culs de lampes. Ce sont des chapiteaux constitués de deux éléments : le tailloir et le culot. Ils sont engagés dans le mur, ne reposant sur aucune colonne ou colonnette engagée. A l'extérieur, des contreforts viennent consolider l'édifice. Ils ont pour fonction de compenser la poussée des murs vers l'extérieur du fait du poids de la voûte. Les culs de lampe sont au nombre de huit ; six sont décorés de dessins stylisés de motifs floraux et de feuillages ; sur un se distinguent trois personnages vêtus de longues robes et émergeant de palmes ou de fleurs ; sur le dernier devait se trouver une tête humaine, aujourd'hui très mutilée, dont il ne reste plus qu'une oreille.

Chaque travée est éclairée de fenêtres étroites simplement ébrasées, appelées lancettes. A l’est, la chapelle est fermée d’un chevet plat, éclairé de trois lancettes dont la centrale est plus haute que les deux autres. Cet ensemble de trois fenêtres est appelé triplet. On le retrouve souvent dans les églises de cette époque, comme (Fouchères), et en particulier dans les édifices cisterciens (Fontenay) et templiers. Au fond de la chapelle, à droite, se trouve une piscine constituée de deux niches surmontées d'arcs brisés aux arrêtes en forme de boudin, décorées à leur extrémité de nébules  (lignes ondulées symbolisant sans doute l'eau) et de feuilles. En face, le mur est percé d'une autre niche à deux compartiments ayant une fonction « d'armoire eucharistique » (il n'y a pas de sacristie pour conserver les objets du culte).

Des fresques ornaient l'intérieur de la chapelle. Elles sont aujourd'hui cachées par plusieurs couches de badigeon, des traces sont encore visibles en quelques endroits (voir le résumé de la conférence de Monsieur Lazarescu).

A l'extérieur,  une corniche en feston couronne le pourtour de la chapelle. Sur la façade occidentale, on entre dans la chapelle par un portail de style roman. De chaque côté de la porte se trouvent deux colonnettes surmontées de chapiteaux à motif floraux stylisés. La voussure est soulignée par un boudin en plein cintre. Ce portail était surmonté par porche qui a disparu, mais dont il reste les corbeaux et  les rainures dans les contreforts qui le soutenaient. Un deuxième portail de style roman se situe au nord de l'édifice juste derrière le premier contrefort. Plus simple, un boudin cylindrique continu (sans chapiteau) souligne les deux piédroits et l'arc en plein cintre. Au tympan, on peut remarquer une belle croix. Ce portail est surmonté des armes de Jacques de Souvré, commandeur de l'ordre de Malte dans la première moitié du XVIIe siècle.

Dans l'angle sud-ouest s'élève une tour d'escalier permet d'accéder aux combles. Une archère est visible en son sommet. Dans les combles, on peut encore admirer une superbe charpente en châtaigner (pour une description technique et détaillée de cette charpente, voir l'ouvrage de V.Alanièce et F.Gilet, p.196-200). D'après la structure de la charpente et le trou dans la voûte, il semblerait qu'il y ait eu un clocher surmontant le début de la troisième travée de la chapelle. Les deux pignons est et ouest sont éclairés par deux archères.

Jacky Provence

Sources :

Gabrielle Démians d'Archimbaud, Histoire artistique de l'Occident Médiéval, coll.U, Armand Colin, Paris, 3e éd., 1992.

Marguerite Beau, Essai sur l'architecture religieuse de la Champagne méridionale auboise hors Troyes, Troyes, La Renaissance, 1991.

Jean-Claude Czmara, Sur les traces des templiers, circuit des possessions templières dans l'Aube, Association Hugues de Payns, slsd (1ère éd., 1993).

Gilles Vilain, « Claivaux II et III. Architecture et Histoire », La Vie en Champagne, n°14, Avril-Juin 1998, p.17-39.

Et tout particulièrement :

Valérie Alanièce et François Gilet, Les templiers et leurs commanderies. L'exemple d'Avalleur, Langres, Guéniot, 1995.

*

Pour en savoir plus sur les templiers nous vous proposons un site sérieux à découvrir

www.templiers.net


Haut de la page 

 Sommaire

Page d'Accueil